Sport

Le Colisée, stade antique à la modernité inégalée

L’arène romaine est au cœur d’une exposition sur les enceintes sportives au Musée olympique, à Lausanne. Au Ier siècle, le Colisée disposait déjà d’un toit ouvrant, d’un plancher mouvant, de 28 ascenseurs et d’une cinquantaine de fontaines à eau. Une prouesse architecturale

Depuis le 13 octobre et jusqu’au 7 mai 2017, le Musée olympique consacre son exposition permanente à la thématique des stades. CIO oblige, il est surtout question des 29 enceintes construites pour les Jeux olympiques (28 pour les JO d’été, 1 pour ceux d’hiver de Sotchi).

L’exposition occulte l’aspect économique, l’exploitation commerciale du stade – et souvent le gouffre financier qu’il engendre –, pour se cantonner aux questions architecturales, urbanistiques et historiques. «Le stade est un prisme très intéressant pour comprendre une société ou une époque», résume l’historien Nicolas Bancel, directeur de l’Institut des sciences du sport de l’UNIL et co-commissaire de l’exposition.

L’une des bonnes idées de «Stades, d’hier à demain» est de rendre hommage au plus célèbre d’entre tous, le Colisée de Rome. «C’est l’un des bâtiments les plus importants de l’histoire», affirme Geraint John, architecte proche de nombreuses réalisations olympiques (Sydney 2000, Londres 2012, Sotchi 2014) et commissaire de l’exposition. «Les architectes de l’époque ont fait tout juste.» Une maquette en Plexiglas posée sur un écran tactile multimédia permet de découvrir à quel point cet édifice érigé entre 70 et 80 après J.-C. fut d’une incroyable modernité.

Toit ouvrant et plancher mouvant

Prouesse architecturale, le Colisée disposait, au premier siècle de notre ère déjà, d’un toit ouvrant, d’un plancher mouvant, de 28 ascenseurs, d’une cinquantaine de fontaines à eau et de systèmes d’évacuation, de canalisations et de désodorisation. Grâce à ses «vomitoires», un enchaînement complexe d’escaliers intérieurs, il pouvait se vider entièrement en huit minutes seulement. Huit secondes de moins que le stade olympique de Pékin, selon une simulation réalisée par un média britannique. «De nombreux chercheurs travaillent encore à découvrir ses secrets», souligne Alain Quenzer, le chef de projet «Expositions» du CIO.

En tout point, le Colisée remplit les conditions que l’on exige désormais des stades les plus modernes et qu’énumère Geraint John: iconique (les arches du Colisée ont longtemps été gravées sur les médailles olympiques, comme la représentation d’une perfection antique), multifonctionnel (on y a organisé des combats de gladiateurs, introduit des milliers d’animaux sauvages et même reconstitué une bataille navale), écologique (la façade est composée de blocs de travertin tenus par des agrafes de fer) et durable.

Fragments de poterie

Le Colisée répondait même aux normes de confort et de sécurité. Les spectateurs étaient munis de billets sous forme de fragments de poterie comportant des numéros de secteur, de rang et de siège. Tous bénéficiaient d’une vision parfaite. Un vaste auvent appelé velarium les protégeait du soleil et de la pluie. Ce premier toit rétractable était constitué d’une toile suspendue que des marins déployaient ou repliaient à l’aide de cordages. Leur habileté permettait, en orientant la toile, de ventiler la foule.

Les tribunes pouvaient contenir 50 000 personnes, dont 5000 debout. Les gradins séparaient strictement le public selon les classes sociales. Il y avait la loge impériale (comme celle, royale, de Wimbledon), les premiers rangs étaient réservés aux sénateurs, les suivants aux chevaliers. Les citoyens occupaient les étages intermédiaires, là encore selon leur catégorie socioprofessionnelle. Tout en haut: les pauvres, les esclaves, les femmes.

Au-delà de son architecture, le Colisée («probablement le plus grand centre de divertissement que le monde n'ait jamais connu» selon l’exposition) est philosophiquement moderne. Il n’a pas la forme d’un stade au sens de la Grèce antique (le stade est une unité de mesure) mais d’une arène, plus propice aux jeux du Cirque. Les derniers-nés de ses descendants se baptisent tous «Arena» et ce n’est peut-être pas un hasard.

Publicité