Ski alpin

En combiné, le grand écart émotionnel de la Suisse

Un extraordinaire doublé de Wendy Holdener et Michelle Gisin pour sécher les larmes de la grave blessure de Lara Gut: vendredi, l’équipe nationale est passée par toutes les émotions à Saint-Moritz

Une manche de descente, la plus engagée des courses de vitesse; une manche de slalom, la plus technique des épreuves: le combiné alpin est un grand écart sportif. Vendredi à Saint-Moritz, l’équipe de Suisse féminine en a fait un grand écart émotionnel. Lara Gut a perdu un genou en même temps que ses espoirs de premier titre mondial; Wendy Holdener et Michelle Gisin se sont offert un incroyable doublé. A moins de deux heures d’intervalle, la Suisse a peut-être vécu son pire et son meilleur moment des championnats du monde. «C’est le sport, c’est la vie, a sobrement commenté la médaillée d’argent. Misère et bonheur sont si proches l’un de l’autre…»

Quelque part entre les deux extrêmes, la journée avait plutôt bien commencé avec la descente du combiné. Sur une piste amputée de 20% de sa longueur à cause d’un brouillard persistant sur sa portion la plus haute, les techniciennes Wendy Holdener (septième) et surtout Michelle Gisin (quatrième) limitaient la casse et s’affirmaient en prétendantes à la victoire. Lara Gut, plus à l’aise dans les épreuves de vitesse, terminait troisième, sans se donner la marge nécessaire pour aller chercher une médaille d’or mais sans se disqualifier de la course au podium non plus. Un triplé suisse n’était pas à exclure.

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Un jour triste

Et puis, la misère. Lors d’une manche de slalom réalisée à titre d’échauffement, Lara Gut a senti son genou gauche lâcher au détour d’une porte. La Tessinoise a vu ses espoirs de médaille s’envoler avec l’hélicoptère qui l’a emmenée à la Clinique Gut de Saint-Moritz. Quelques examens ont rapidement révélé qu’elle avait perdu davantage que le fruit de sa descente du jour. Ses ligaments croisés sont déchirés. Son ménisque est touché. Ses Mondiaux sont terminés. Sa saison aussi.

Elle ne devrait pas subir d’opération selon les premières informations révélées par Swiss-Ski, qui ne s’est pas avancé quant à la durée de son absence. Mais Lara Gut n’obtiendra pas son premier titre mondial à domicile, comme elle l’espérait, et ne sera pas en mesure de conserver le grand globe de cristal qu’elle avait remporté l’année dernière. A la mi-journée, le vendredi 10 février 2017 était un jour triste pour le ski suisse.

Et puis, le bonheur. Sous les flocons et sur une piste de slalom piquetée pour être très rapide, Wendy Holdener se portait en tête grâce à une première partie de course supersonique. Dans l’enchaînement, Michelle Gisin se hissait au deuxième rang à la grinta, en compensant de petites erreurs par une fin de manche parfaite. Ne restaient plus que deux concurrentes. La Slovène Ilka Stuhec partait à la faute après quelques mètres et garantissait un podium aux deux Suissesses. Puis l’Italienne Sofia Goggia tombait elle aussi et le doublé était assuré.

Wendy Holdener et Michelle Gisin, la Schwytzoise et l’Obwaldienne, la brune et la blonde, deux skieuses de 23 ans qui n’avaient jamais remporté de médailles lors de championnats du monde. Deux grandes copines, surtout, comme l’a relevé la volubile Michelle Gisin, qui n’a fêté son premier podium en Coupe du monde qu’en décembre dernier à Val d'Isère: «Ce moment n’aurait pas pu être plus parfait. Me retrouver sur le podium devant mon public et à côté de l’une de mes meilleures amies, c’est indescriptible.»

Sortie de l’ombre

Wendy Holdener, elle, tient son premier vrai jour de gloire, même si elle avait déjà remporté le petit globe du combiné l’hiver dernier. Brillante en Coupe du monde depuis deux saisons, cette authentique vedette en Suisse alémanique demeurait souvent dans l’ombre de Lara Gut en équipe nationale et de Mikaela Shiffrin dans sa discipline de prédilection, le slalom. Regard pétillant et franc sourire, la première Suissesse championne du monde depuis Sonja Nef en 2001 a savouré son heure sans bien comprendre ce qui lui arrivait. «Après ma descente réussie, j’avais un bon feeling, je me disais qu’il était possible de réussir quelque chose. Mais là, je ne réalise pas vraiment encore…»

La Suisse non plus, entre le choc de la blessure de sa star tessinoise et le couronnement de deux skieuses terriblement attachantes. Grand écart entre les larmes et les rires.

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