Le printemps a fait irruption plus tôt que prévu en Finlande. Sous la forme d'une retentissante affaire de dopage qui touche depuis dimanche six skieurs de fond de l'équipe nationale, dans un pays où la discipline est reine, il a subitement fait fondre la neige. Le scandale a surpris toute une nation dans la position intellectuellement contestable, quoique confortable, de l'autruche, et l'a obligé séance tenante a sortir la tête de cette atmosphère ouatée qui étouffe si bien les sons. Pour s'entendre dire quoi? Que le pays, qui s'enorgueillit d'être à la pointe dans la lutte contre le dopage, tient en réalité plus de la défunte RDA. Qu'il n'a pas eu son pareil, depuis de longues années, pour propulser de façon douteuse ses athlètes jusqu'en haut des podiums. Que les légendes d'hier, dont certaines sont devenues membres du parlement comme le champion de course à pied Lasse Viren, sont peut-être à revisiter.

Cette histoire somme toute banale de printemps précoce ne surprend que les autruches. En Finlande, mais également sous d'autres latitudes où l'espèce prospère. Elle légitime surtout, si besoin était, le rôle d'une agence mondiale antidopage indépendante et déterminée à combler le retard qui sépare encore l'équité du sport. Son secrétaire général a espéré depuis Lausanne que le message serait clairement interprété par les tricheurs. Souhaitons que l'absence de neige les y aidera.