Michel Platini, numéro trois de la FIFA (Fédération internationale de football), n'a jamais gardé sa langue dans sa poche. L'ancienne star française a déjà clamé haut et fort: «Ce premier Mondial partagé entre deux pays sera aussi le dernier.» Pourquoi? Parce que, historiquement parlant, les rapports nippo-coréens sont au plus mal, et parce que la cohabitation de deux coqs à la tête du comité coréen ne débouche sur rien de positif.

Aujourd'hui, plus personne ne doute que – sauf improbable miracle – cette Coupe du monde bicéphale se révélera catastrophique sur le plan organisationnel. Mais le principal responsable de la gabegie annoncée, lui, n'en a cure.

L'attribution, obtenue au forceps en 1996, du plus grand événement sportif planétaire à deux Etats asiatiques qui ne s'apprécient pas fut, en effet, l'ultime coup médiatique du Brésilien Joao Havelange, ex-président omnipotent de la FIFA. Il entendait ainsi assouvir son rêve de toujours: devenir le pacificateur de nations rivales, en les obligeant à coopérer grâce au ballon rond.

Ce faisant, Havelange s'est écarté de la mission de base de l'organisme qu'il patronnait: assurer le développement planétaire du football, et confier son sommet quadriennal à des candidats susceptibles de mener à bien cette immense tâche. Au lieu de cela, il a voulu que la FIFA se substitue à l'ONU en tant que décideur politique. Le résultat est là.

Pour autant, ce méli-mélo ne devrait pas porter préjudice à la candidature commune austro-suisse en vue de l'Euro 2008. Car ici, on parle d'une compétition à 16 équipes (et non 32), avec des distances beaucoup plus courtes, à cheval sur deux pays qui collaborent de longue date. De surcroît, l'expérience récente – l'Euro 2000 mis sur pied conjointement par la Belgique et la Hollande – montre qu'il est parfaitement possible de gagner un tel pari. A condition de s'entendre. Ce qui reste quand même plus facile à réaliser entre amis qu'entre ennemis.