Lance Armstrong avait rendez-vous hier à Cap'Découverte. Avec Jan Ullrich et tous ceux qui désirent briser son rêve de cinquième victoire sur le Tour de France. Avec les impertinents qui ont cru déceler chez lui, depuis qu'il a tourné le dos à la tour Eiffel le 5 juillet dernier, l'ombre d'une baisse de régime par rapport aux quatre crus précédents. Et, un peu aussi, avec lui-même, puisque de son propre aveu, il avait basé l'essentiel de sa préparation sur l'exercice du contre-la-montre individuel, son fonds de commerce habituel sur la Grande Boucle.

L'Américain est arrivé en retard d'une grosse minute et demie, sans bouquet de fleurs à la main. Ce contretemps ne remet pas en cause sa bonne éducation, certes, mais il s'accompagne du bruit de la page qui se tourne. Le chef de file d'US Postal, porteur du maillot jaune rappelons-le, peut tout à fait conserver sa couronne d'ici au 27 juillet. Mais l'ère de son outrancière domination est révolue.

C'est une bonne chose pour le cyclisme… et pour Lance Armstrong. Sur le chemin de Cap'Découverte, ancien site minier transformé en centre de loisirs, le Texan n'a pas rigolé. Il est allé au charbon, il a pioché tant et plus, terminant son pensum la bave aux lèvres. A le voir haleter comme un poisson rouge hors de son bocal, à la recherche du moindre ballon d'oxygène, on a oublié le visage impénétrable du froid souverain qu'il était. Le roi est mort, vive le champion!

Même s'il répète qu'il ne roule pas pour être aimé, Lance Armstrong a tout à y gagner. Surtout s'il parvient à ses fins face à une concurrence enfin digne de lui. Sa demi-défaite – il s'est tout de même débarrassé de tous ses adversaires sauf deux – pourrait alors se muer en victoire absolue.