Perdue au milieu de cette Europe qui, sportivement comme politiquement, se construit sans elle, la Suisse observe les grandes manœuvres sans bouger. Aucun de ses clubs ne s'est engagé dans le projet de Ligue atlantique. Par peur du risque? Sans doute un peu, mais surtout par conviction qu'un match Bâle – Bruges attirera moins de spectateurs qu'un Bâle – Grasshoppers, dans un petit pays où le public reste farouchement attaché à la notion de derby entre voisins.

Au-delà de ses défauts, ce projet de ligue supranationale a pourtant le mérite de rappeler aux dirigeants suisses une réalité souvent oubliée: ce n'est qu'en élargissant leur marché – ou en profitant d'un hypothétique élan engendré par la construction de stades modernes – qu'ils parviendront à augmenter leurs ressources financières. Aucun club suisse ne s'est qualifié pour le lucratif tour principal de la Ligue des champions depuis plusieurs années. A force de se plaindre de la maigreur des droits TV nationaux due au quasi-monopole de la SSR, beaucoup ont oublié les vieilles idées de participation d'un ou plusieurs clubs à des championnats de pays voisins.

Alors que la Suisse et l'Autriche collaborent depuis quelques mois dans le cadre d'un projet de candidature à l'organisation de l'Euro 2008, l'idée d'un championnat binational pourrait ranimer le débat. Mais qu'en pensent les dirigeants?