Trois ans d'une enquête à grande échelle, d'auditions retentissantes, d'accusations graves, portant sur des footballeurs de haut rang, pour aboutir à un verdict anecdotique: 22 mois de prison ferme – et néanmoins virtuelle – contre un médecin-chef prétendument zélé, assortis d'une interdiction d'exercer peu maîtrisable, et une peine de cinq mois contre un obscur pharmacien. Un petit coup de règle sur les doigts.

Les procureurs avaient plaidé «une utilisation stratégique de médicaments et d'EPO pendant quatre ans», l'âge d'or de la Juventus de Marcello Lippi, dont le pressing exemplaire avait étouffé les velléités de tous les ténors européens. Le verdict, d'une mansuétude certes pressentie, insinue deux hypothèses. Soit un médecin s'est escrimé, seul, à administrer 280 sortes de médicaments à des figures emblématiques du football, et il reste à découvrir pourquoi – par cupidité, sadisme, esprit taquin? Soit un staff, une équipe, voire un état-major ont constitué les mécanismes d'un système de performance assistée, et il reste à tirer la conclusion de ce procès: le football est intouchable.