Les jeux ne sont pas encore faits, mais le verdict ne fait plus guère de doute. La Commission européenne a menacé mercredi d'infliger une amende salée aux puissants promoteurs du sport automobile mondial s'ils ne mettaient pas fin à leurs pratiques qualifiées d'«anticoncurrentielles».

La Commission, «gendarme» de la concurrence en Europe, a achevé une enquête préliminaire de deux ans sur les pratiques de la Fédération internationale de l'automobile (FIA). Formula One Administration (FAO) et International Sportsworld Communicators (ISC), deux sociétés dirigées par le patron britannique de la Formule 1, Bernie Ecclestone, étaient également dans le collimateur de Bruxelles. Et l'exécutif communautaire leur a adressé les conclusions de son enquête sous forme de «communication de griefs», une étape qui ne constitue pas encore un verdict final. Les parties incriminées disposent de deux mois pour répondre aux reproches de la Commission. Elles pourront également se défendre lors d'une audition orale.

Les griefs formulés par Karel Van Miert, le commissaire chargé de la Concurrence qui sera remplacé à son poste en septembre, donnent cependant un avant-goût du verdict que Bruxelles devrait rendre en automne. Le dossier réuni sur la base de plaintes de concurrents évincés du marché des courses automobiles est en effet extrêmement lourd. Bruxelles accuse la FIA, l'organisme qui régit les compétitions automobiles au niveau mondial, «d'abuser de sa position dominante». Et la Commission d'enfoncer le clou en affirmant que les pratiques de cette organisation dirigée par Max Mosley «ont pour effet de restreindre la concurrence».

Elle lui reproche d'avoir fait main basse sur le sport automobile, quiconque désirant participer ou organiser une épreuve de ce type – propriétaires de circuits, constructeurs, coureurs, etc. – étant tenu d'obtenir une de ses licences. Une position dominante dont la FIA a usé pour tuer dans l'œuf la tentative d'un promoteur concurrent appelé GTR d'organiser un championnat de voitures de grand tourisme. La FIA, dont Bernie Ecclestone est d'ailleurs le vice-président, a également abusé de ses pouvoirs pour les droits de retransmission télévisée des épreuves qu'elle organise. Ils sont cédés à ISC, une entité contrôlée par le même Ecclestone, les droits des courses de Formule 1 étant régis par un accord dit «Concorde» entre la FAO, la FIA et les écuries.

Autant de dispositions qui violent la concurrence. La Commission en veut pour preuve que les télévisions qui diffusent une épreuve considérée par la FAO comme pouvant concurrencer la Formule 1 – les courses d'Indy Cars par exemple – doivent payer un surcoût allant jusqu'à 50% du prix normal pour un Grand Prix.

Bernie Ecclestone, qui se remet d'une opération au cœur, a protesté de sa bonne foi dès hier en affirmant avoir pris des dispositions pour «apaiser» les craintes de la Commission. Karel Van Miert, qui l'avait accusé il y a un an «d'enfreindre presque toutes les règles du jeu», n'en est manifestement pas convaincu. L'exécutif communautaire pourrait bien obliger le roi des circuits à renégocier tous ces contrats jugés douteux. Faute de quoi, une lourde amende pourrait être infligée au patron de la Formule 1, qui prévoit de faire coter sa société en Bourse.