Le sort en est donc jeté: Fribourg-Gottéron disputera bien le tour de relégation contre Langnau au meilleur des sept matches, à partir du 27 février prochain. Le perdant pourra néanmoins sauver sa place dans l'élite, à condition de l'emporter face au postulant de LNB. Là encore la confrontation se jouera au meilleur des sept matches.

Gottéron aborde cette échéance en position de faiblesse à plus d'un titre. Contrairement à leurs adversaires, derniers du classement depuis la première journée de championnat, les Fribourgeois se sont préparés à reculons à ce face-à-face qui n'était pas prévu au programme. L'objectif du début de saison n'était-il pas de terminer dans les quatre premiers du tour de qualification? Sous pression depuis six mois, les joueurs savent que celle-ci va encore s'accroître dans les semaines à venir.

L'incertitude qui plane sur l'avenir a par ailleurs pour conséquence qu'aucun entraîneur ne souhaite remplacer André Peloffy, limogé le 15 janvier dernier. De la même manière, le transfert de joueurs en provenance d'autres clubs est suspendu aux résultats des play-out. «C'est le lot de toute équipe de bas de tableau», déplore le capitaine fribourgeois Mario Rottaris, qui reconnaît que l'incertitude ambiante taraude les joueurs.

«Stabiliser les finances»

Le président du club, Gaston Baudet, lui, demeure injoignable. D'abord pour procéder à une analyse des déboires de son équipe et expliquer quelle responsabilité personnelle il pense avoir dans ce naufrage. Pour parler d'avenir ensuite: objectifs du club et moyens financiers mis en œuvre pour les atteindre. En lieu et place du président, c'est le directeur technique du club, Marc Leuenberger, qui répond: «L'objectif à moyen terme, d'ici à trois ans, est de stabiliser les finances du club. A plus long terme (cinq ans), l'objectif est de maintenir l'équipe à mi-classement tout en dynamisant le mouvement junior pour être en mesure de former des jeunes de niveau national.» Condition pour y parvenir: diminuer la masse salariale de 10% et procéder à une augmentation du capital-actions d'un million de francs, prévue pour un proche avenir selon lui.

Slava Bykov, ex-joueur de Gottéron, qu'il avait conduit aux portes du titre national, et actuel joueur du HC Lausanne, livre son analyse. «Certes, la difficulté de trouver des sponsors n'a pas permis à Gottéron de bâtir une vraie équipe. Mais Fribourg n'a pas pour autant investi dans une véritable politique de jeunes, le problème majeur en Suisse romande», selon lui. «J'entends toujours dire qu'il faut faire jouer les jeunes, dit-il, mais ça ne se concrétise jamais. Zurich dispose peut-être de gros moyens, mais les dirigeants ont développé cette politique de jeunes. A Fribourg, on les laisse partir.» Dernier exemple en date: le départ pour Lausanne du junior Valentin Wirz (17 ans), il y a à peine une semaine. Les dirigeants de Gottéron ont beau se défendre qu'ils ont l'une des meilleures politiques de formation du pays, ils reconnaissent dans le même temps qu'ils n'ont pas passé cette saison d'accord de partenariat avec un club de LNB pour permettre aux jeunes talents de préparer le saut en LNA.

Slava Bykov poursuit: «Les dirigeants ont en outre abordé l'Euroligue avec un état d'esprit très négatif, sous prétexte que ça allait coûter cher et que les joueurs allaient se fatiguer. Or, il aurait fallu aligner les jeunes. Evoluer à ce niveau aurait été un moyen unique pour eux de progresser. En fait, on a attendu les premiers blessés pour les faire jouer.» Puis la crise a éclaté. L'entraîneur a été limogé. «Ils ne savaient pas quoi faire, estime Bykov, ils ont cherché le déclic. Ce sont toujours les entraîneurs et les étrangers qui sautent en pareille situation. Jamais les joueurs suisses, qui bénéficient de la pénurie de très bons joueurs du pays et donc de l'absence de concurrence.» Le rôle d'Andreï Khomutov à la place d'André Peloffy? «Je ne comprends pas pourquoi on ne l'a pas impliqué dès le début de la saison. Tout cela ressemble un peu à du bricolage.»