Il fut un temps où le sport n'avait droit de cité dans les couloirs du Palais fédéral qu'à titre exceptionnel. Désormais, initiés par l'inimitable Adolf Ogi, les représentants des autorités politiques suisses se sont faits à l'idée que l'importance économique et sociale croissante du sport nécessite son lot d'interventions politiques, de la création d'un apprentissage de sportif d'élite à la construction de nouveaux stades, en passant par les projets d'accueil de grandes manifestations et d'organisations sportives. Ainsi vendredi, presque une année pour jour après avoir accepté le «concept pour une politique du sport en Suisse», le Conseil fédéral a franchi une nouvelle étape en acceptant la mise en œuvre de ce vaste programme, qui doit permettre d'accroître à court terme la place de l'activité physique dans la société suisse. «Un grand jour pour le sport helvétique et pour sa reconnaissance politique», s'enthousiasme Heinz Keller, le directeur de l'Office fédéral du sport (OFSPO).

Les Sept Sages ont accepté la proposition du ministre des Sports, Samuel Schmid, de subventionner différents projets visant à encourager l'activité physique à hauteur de 3,95 millions de francs par an. Une paille par rapport aux 100 millions annuels dépensés par la Confédération pour le sport, auxquels il faut ajouter 200 millions de la part des cantons, 700 des communes et 500 des sponsors privés. Mais une somme qui – subsidiarité oblige – «devrait déboucher selon mes calculs sur un engagement financier global de 12 millions de francs supplémentaires de nos partenaires (cantons, communes et sponsors), espère Heinz Keller. Désormais, nous allons tous nous mobiliser pour préparer la mise en œuvre du concept pendant l'année 2002; et je vois mal comment le parlement pourrait refuser ces crédits en décembre 2002, si nous faisons bien notre travail.»

Concrètement, le paquet de mesures adopté hier par le gouvernement s'appuie sur trois grands axes: «santé», «éducation et assurance de la qualité», enfin «performance et promotion des jeunes talents». Dès l'an prochain, le Département fédéral du sport et l'OFSPO vont ainsi lancer une grande campagne de promotion de l'activité physique, en partenariat, notamment, avec les assurances maladie, l'Office fédéral des assurances sociales et celui de la Santé publique. «Il s'agira de communiquer, par le biais de publicités, les valeurs du mouvement et la nécessité de bouger au quotidien pour diminuer le taux d'inactifs (ndlr: grosso modo 37% de la population), conformément au vœu émis par Adolf Ogi en 1999», explique Heinz Keller. Dans le même registre, l'Office fédéral du sport compte former dès 2003, dans chaque commune de Suisse, un «responsable de réseau», chargé de concentrer et rationaliser les ressources existantes au niveau local, et de promouvoir l'activité physique.

Le deuxième domaine choisi – l'éducation – bénéficiera aussi d'un certain nombre de mesures incitatives. L'OFSPO compte intensifier sa collaboration avec la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique, pour défendre le minimum de 3 heures obligatoires de gymnastique dans les écoles, de plus en plus souvent bafoué par les cantons, mais aussi pour améliorer la formation des enseignants et rehausser la qualité des cours d'éducation physique.

Quant au volet de la promotion des jeunes talents, il devrait être l'un des plus positivement touchés par la décision du Conseil fédéral, intervenue tout juste trois mois après le lancement d'un apprentissage de sportif d'élite. «Il existe aujourd'hui cinq lycées sportifs, dont un à Martigny, surtout orientés vers les sports d'hiver. Ce nombre pourrait doubler, se réjouit le directeur de l'OFSPO. Swiss Olympic (ndlr: l'association faîtière du sport helvétique) va également augmenter le nombre de bourses qu'elle met à disposition des athlètes dont les parents n'ont pas les moyens de payer l'entraînement, les voyages ou autres. Enfin, par le biais de Jeunesse +Sport, les meilleurs jeunes athlètes auront la possibilité de disposer d'un entraînement spécialement formé pour le sport, et seront mieux soutenus financièrement.»

Pour terminer, et si les crédits sont acceptés par le parlement fédéral en décembre 2002, le concept avalisé vendredi donnera naissance à un «observatoire du sport suisse», qui aura pour but de rendre compte au gouvernement de l'évolution des projets, et à une troisième mouture du programme de «Conception des installations sportives d'importance nationale» (CISIN) à partir de 2006. Un programme qui, depuis 1999, a permis de débloquer des crédits pour la construction ou la rénovation de plusieurs stades de football en Suisse. A l'heure où le pays se profile pour accueillir l'Eurofoot 2008 et les Jeux olympiques d'hiver 2010, le petit monde du sport helvétique ne peut que s'en réjouir.