Le patron du FC Sion a fait une nouvelle victime, mardi, parmi ses entraîneurs. Bernard Challandes viré, certains n’hésitent plus à parler de serial killer.

Christian Constantin – c’est devenu un rituel qui fait rire de Viège à Bardonnex – a une fois de plus tranché dans le vif (lire LT du 23.02.2011). Le président du FC Sion a en effet renvoyé, sans pitié, l’insuffisant Bernard Challandes et confié la barre de l’équipe valaisanne au Français Laurent Roussey, qui avait déjà officié à Tourbillon lors de la saison 2001/02 et a signé jusqu’en juin prochain. Prudent contrat conclu avec celui qui lui montre déjà un poing décidé et menaçant, l’auriculaire néanmoins tendu comme un piquet ambigu, sur la photo (ci-contre), malignement publiée par le Blick.

Un gros «Et de 29» sous la photo du renfrogné patron valaisan barrait ce mercredi la une du Matin, annonçant pas moins de quatre pages sur le matricule N° 30, qui succède aux 18 précédents entraîneurs (dont l’empereur de Tourbillon lui-même) passés, depuis 2003, sous les fourches caudines de celui que le quotidien lausannois appelle poliment «l’impatient». Car en acceptant de devenir le 30e (les chiffres ne sont pas les mêmes partout) à «gesticuler sur le banc» – comme le montrent avec éloquence les images de la TSR – la prochaine victime «a acquis une certitude: il finira par être viré. Le seul suspense concerne la date à laquelle le patron actionnera le levier de son siège», la formation étant «connue pour son turn-over pour le moins incroyable», commente le site Foot01.com. Reste que «la politique «Kleenex» de Constantin ne cadre pas avec ses aspirations»: «Dans le microcosme sportif, la stabilité est l’un des ingrédients qui mènent à la victoire.»

Mais «les choses vont continuer ainsi», ne doute pas, résignée, la Neue Zürcher Zeitung. Moins aimable, la Tribune de Genève pense que Constantin «a commis une erreur. Une de plus», car «chez le serial killer», «les soucis vont se poursuivre. Le problème, ce n’est pas l’entraîneur, mais bien son équipe!». Son équipe de «tapettes paraplégiques»? comme dirait l’humoriste Yann Lambiel – avec un fort accent du Vieux Pays – dans une de ses célèbres imitations du seigneur de Sion? Au pays du grand guignol, en effet, précise 24 heures, «Tintin» pourrait dresser la liste «des joueurs qui sont passés à Tourbillon sans s’imposer ni jamais s’identifier un seul instant à leurs couleurs. Tous ces futurs champions du monde qui n’ont pas su convaincre», malgré le truculent credo répété à maintes reprises par le chef, notamment sur les ondes de la RSR.

Le Nouvelliste, lui, préfère relever la dignité du dernier décapité. «La vie est un long fleuve tranquille? En Valais moins qu’ailleurs.» Bernard Challandes a prononcé cette phrase au moment de quitter le siège du FC Sion mardi après-midi. Il se référait à la conclusion d’un article récemment paru dans nos colonnes sur les turbulences du mouvement juniors. Il riait. Comme si la tension accumulée depuis trois mois cherchait une voie de sortie autre que la colère moins de trois heures après la décharge que lui a signifiée Christian Constantin quant à la direction de la première équipe. Le technicien neuchâtelois n’en dira pas plus. Il n’exprimera ni son courroux, ni sa déception. Quitte à prendre la porte de sortie prématurément, il préfère la franchir la tête haute. Un départ à la dimension du personnage. Echaudé, bouillant, furieux contre l’injustice quand elle frappe son équipe.»

De toute manière, relève 20 minutes, «Challandes savait pertinemment où il mettait les pieds lorsqu’il a signé son contrat». Car «un entraîneur professionnel peut-il aujourd’hui réellement envisager un poste au FC Sion autrement que comme une parenthèse dans sa carrière? Il est permis d’en douter.»