Amérique du Nord

Contrats record et chute des audiences, le paradoxe du baseball

A l’image de Mike Trout, qui touchera 430 millions de dollars ces douze prochaines années, les stars de la discipline négocient des rémunérations inédites au moment où la Ligue majeure perd des (télé)spectateurs

La nouvelle saison de Ligue majeure de baseball (MLB) débute ce jeudi en Amérique du Nord, et ses stars n’auront jamais été aussi bien payées. En prolongeant avec les Los Angeles Angels jusqu’en 2030 pour 430 millions de dollars, Mike Trout a signé à 27 ans le contrat le plus rémunérateur de l’histoire du sport professionnel nord-américain.

Il a battu le record établi quelques jours plus tôt par Bryce Harper, recruté par Philadelphie pour 330 millions de dollars sur treize ans, qui avait lui-même dépassé les sommes promises à Nolan Arenado par Colorado (260 millions de dollars sur huit ans) et à Manny Machado par San Diego (300 millions de dollars sur dix ans). Ces chiffres donnent le tournis. Et ils peuvent surprendre, au vu de la période contrastée que traverse le baseball.

Augmentation des droits TV

Comme les autres grands championnats professionnels nord-américains, la MLB peut mener grand train grâce à la progression des droits TV, sa principale ressource financière. En novembre dernier, elle a prolongé son partenariat avec le groupe audiovisuel Fox jusqu’en 2028 pour un montant global de 5,1 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros), qui va lui rapporter 728 millions par an, contre 525 actuellement.

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Mais les propriétaires des 30 équipes qui composent le championnat – et qui reçoivent une grosse partie de ces droits TV – sont inquiets. En 2018, pour la première fois en quinze ans, la fréquentation globale du championnat est tombée sous le seuil de 70 millions de spectateurs, soit 28 830 spectateurs par match en moyenne, ce qui représente un recul de 4% sur un an.

Les audiences télévisuelles ne vont pas mieux. Pour les World Series 2018, la grande finale remportée par les Boston Red Sox face aux Los Angeles Dodgers (4-1), le nombre moyen de téléspectateurs s’est replié de 10% sur un an. Le baseball souffre d’un calendrier démentiel, avec 162 matchs de saison régulière par équipe, et de la longueur de ses matchs, trois heures en moyenne en 2018.

Inégalités entre joueurs

L’évolution technique de la discipline est également en cause. Les lanceurs n’ont jamais été aussi efficaces et cela tend à rendre les matchs monotones. En 2018, pour la première fois dans l’histoire de la MLB, il y a eu plus de strike-outs (joueur éliminé par un lanceur après trois lancers, 41 207) que de hits (coup sûr qui permet à un batteur d’atteindre une base, 41 019). Dans le même temps, le nombre de home-runs, l’action phare du baseball où le batteur parvient à effectuer un tour complet du terrain, a reculé de 9% par rapport à 2017 (5585 contre 6105). Et ce problème d’attractivité n’est pas le seul que la MLB va devoir résoudre.

Si les stars du championnat n’ont jamais été aussi bien payées, leurs coéquipiers dénoncent des contrats revus à la baisse et signés de plus en plus tardivement, et des propriétaires cherchant avant tout à s’enrichir. Ils ont un moyen de pression: leur convention collective expire fin 2021. Les négociations pour la reconduire viennent tout juste de débuter. En cas d’échec, les joueurs pourraient faire grève et provoquer l’annulation totale ou partielle d’une saison, comme c’est arrivé à huit reprises entre 1972 et 1995.

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