«Si nous traitons du hockey professionnel en Suisse, nous ne pouvons y inclure le folklore. Précisément, la promotion-relégation procède d'une conception folklorique du sport. Nous pourrions sauvegarder quelques traditions sous la forme d'une Coupe de Suisse, mais pas dans une ligue sérieuse, avec un projet d'intérêt commun. Le système actuel incite de petites régions à rêver, à s'engager dans une politique aventureuse et, au mépris des réalités, à briguer une place en LNA. Nous sommes en pleine fable du bœuf et de la grenouille.

» Arosa, Herisau, Ajoie, Martigny, les exemples de banqueroutes sont innombrables. Des clubs ont émergé d'un bassin de population modeste, un endroit retiré où ils reposaient sur un tissu économique insuffisant. Par la grâce d'un exploit ponctuel, ils sont montés en LNA, où ils ont périclité en peu de temps. Ces coins de pays ont disparu de la carte hockey.

Utopie et psychose

» La promotion-relégation appauvrit des régions. Parfois, elle les assassine. Les fuites en avant du Lausanne HC, au cours des dernières décennies, ont laissé des créanciers sur la paille. Je connais des gens qui ont perdu des centaines de milliers de francs et ont dû fermer leurs usines. Parce qu'ils étaient amoureux, parce qu'ils ont rêvé, ils ont couru à la faillite.

» Aujourd'hui, la LNA est une société hétérogène, endettée à hauteur de 70 millions de francs. Nous savons qu'il n'est plus possible d'y vivre convenablement avec un budget inférieur à 7 millions. Nous devrions durcir la sélection, mais nous ne voulons vexer personne. Mon intention, je le précise, n'est pas de militer en faveur d'une LNA fermée. Je parle simplement d'en supprimer l'accès par la voie sportive, et de la remplacer par des critères d'admission d'ordre strictement économiques.

» Si nous parlons de professionnalisme, il n'est pas concevable qu'une équipe puisse intégrer l'élite parce que ses étrangers ou son gardien étaient en forme au moment des play-off. A l'inverse, quand un club comme Bâle, soutenu par de grandes multinationales, construit une patinoire moderne, présente un budget solide et bâtit un effectif de premier ordre, nous sommes stupides de conditionner son avenir à des joutes folkloriques. Implicitement, notre système permet à une erreur d'arbitrage, une épidémie de grippe ou une méforme passagère de ruiner un projet ambitieux et de priver le hockey suisse d'une région au potentiel énorme. Nous ne sommes pas en adéquation avec les réalités de notre époque.

» Dans le cadre d'une ligue professionnelle, nous pourrons fixer des conditions-cadres, fabriquer un équilibre des forces, non de manière artificielle, mais avec des règles à usage interne. En National Hockey League (NHL), le vainqueur de la Coupe Stanley change chaque année ou presque. Les clubs ont engagé des managers qualifiés, tissé des réseaux de connivence, échafaudé des projets de longue haleine. Ils ont planifié dans la sérénité, sans oublier d'innover. Personne n'a perçu l'absence de relégation comme un oreiller de paresse: que ce soit en Suisse ou en Amérique, la médiocrité sera toujours durement sanctionnée, que ce soit à travers la désaffection du public ou le désintérêt des sponsors.

» A bien des égards, la promotion-relégation empêche notre hockey d'évoluer, de tendre vers des objectifs clairs. Elle entretient l'utopie et la psychose. C'est un leurre.»