C’était une promesse. Cet hiver, deux semaines après la disparition de son père, Ali Sadpara, et de ses compagnons de cordée, l’Islandais John Snorri et le Chilien Juan Pablo Mohr, sur le K2 (8611 m), Sajid Sadpara, dernier à avoir vu les alpinistes vivants sur la montagne, a aussitôt annoncé qu’il mettrait tout en œuvre pour retrouver les dépouilles. Hier, après des mois de recherches infructueuses, des sherpas chargés d’équiper la voie normale en cordes fixes pour la saison estivale ont distingué trois cadavres en aval du «Bottleneck», le passage aussi technique qu’exposé situé à 400 mètres du sommet. Pour les familles, c’est un soulagement.

Présent sur le K2 depuis le début du mois de juillet avec l’alpiniste Pasang Kaji Sherpa et le cameraman canadien Elia Saikaly, qui réalise un documentaire sur John Snorri, Sajid Sadpara a procédé aux cycles d’acclimatation et atteint les 8000 mètres. Alors que les recherches semblaient désespérées, les événements se sont accélérés ces derniers jours lorsque l’équipe a localisé un corps à l’aide d’un drone. Les sherpas qui les devançaient ont ensuite confirmé l’information. Il s’agirait bien de Juan Pablo Mohr. Selon les observations, la dépouille d’Ali Sadpara serait située plus en amont. Celle de John Snorri devrait être à proximité.

Un rescapé

Si le régulateur d’oxygène de Sajid Sadpara n’avait pas rencontré de problème le 5 février, sans doute son corps serait-il aujourd’hui étendu dans la neige à côté de celui de son père. Le duo pakistanais accompagnait John Snorri dans l’ascension hivernale du K2. Eux aussi convoitaient cette première, mais ils venaient d’être devancés par dix Népalais qui ont marqué l’histoire de l’himalayisme en atteignant la cime du Karakorum le 16 janvier.

Encore motivé, le trio bénéficiait d’une nouvelle fenêtre météo. Ils n’étaient d’ailleurs pas les seuls à tenter leur chance. Face à son équipe qui rebroussait chemin, Juan Pablo Mohr a décidé de se joindre à la cordée islando-pakistanaise, bien motivé à atteindre le sommet. Les quatre grimpeurs allaient bon train. Mais lorsque Sajid a ressenti de la difficulté à respirer à travers son masque, Ali Sadpara ne lui a pas laissé de choix: il devait rebrousser chemin. Le cadet de l’himalayiste a obéi et tourné les talons. Cela a été la dernière fois qu’il a vu son père.

Des gros moyens

Dans les jours qui ont suivi, Sajid Sadpara a tenté de chercher et d’appeler ses compagnons de cordée, sans résultat. Il est finalement revenu au camp de base. Des investigations plus poussées ont alors été mises en place par les autorités pakistanaises avec l’aide de certains soutiens internationaux. La presse spécialisée évoque le recours à des avions munis d’un dispositif utilisant une technologie infrarouge, l’aide de photographies satellites et la contribution de chasseurs de reconnaissance. Mais malgré la technique, les corps demeuraient introuvables. Cet été, c’est sans doute la fonte des neiges qui a simplifié leur localisation.

Mardi, il était annoncé que le jeune Pakistanais allait retrouver la dépouille de son père et la ramener au village. Il semblerait que les familles des autres victimes désirent qu’il en fasse autant avec les corps des deux autres alpinistes. Mais, les hélicoptères ne pouvant pas voler à ces altitudes, l’exercice s’annonce périlleux.

Un mystère

Outre le fait de permettre aux familles de faire enfin leur deuil, la localisation des corps des victimes pourrait permettre de répondre à une question d’envergure, compte tenu de l’exploit hivernal qui était convoité: les trois alpinistes ont-ils chuté avant ou après le sommet? Si certains espèrent trouver des pistes grâce aux dernières trouvailles, d’autres, apparentant ces disparitions à celles de George Mallory et Sandy Irvine en 1924 sur l’Everest, semblent s’être faits à l’idée que le mystère demeurera. Aujourd’hui encore, personne ne sait s’ils ont atteint leur objectif avant de mourir.