A peine éteintes les lumières de la Ligue des champions vont s'allumer celles de l'Eurofoot 2004, drainant avec lui ses quelque 10 milliards de téléspectateurs (total cumulé). De la grande fête des clubs, on va passer, dès le 12 juin, à celle des nations du Vieux Continent. Deux compétitions où le public se régale d'exploits, d'émotions, de paris à la volée et de petits-fours arrosés. Des «fiestas» qui masquent une réalité beaucoup moins glamour: en lorgnant sous les crampons, on s'aperçoit que les grands pays de foot sont, pour la plupart, englués dans des situations peu reluisantes.

Portugal: les faveurs de Monsieur le maire

Chez les Lusitaniens, hôtes de l'Euro et du nouveau champion d'Europe des clubs, le FC Porto, les magistrats s'agitent autour d'affaires de corruption. A Gondomar, banlieue de Porto et dont l'équipe milite en 2e division, des responsables de l'administration ont été arrêtés sur l'accusation d'avoir soudoyé des membres du Conseil arbitral, afin qu'ils nomment des directeurs de jeu favorables au club local.

L'histoire prend de l'ampleur dès lors que la police judiciaire s'intéresse maintenant aux faveurs que la mairie de Porto aurait accordées à «l'intouchable» FC Porto lui-même. Les enquêteurs soupçonnent des irrégularités dans la cession des terrains du nouveau stade du club. A suivre… peut-être même pendant l'Euro: on parle d'inculpations imminentes.

Espagne: le «record» du FC Barcelone

A l'instar d'autres «gros bras», l'Espagne paie cash les années de vaches folles. Où l'on dépensait sans compter, en croyant que la courbe exponentielle des droits TV serait éternelle. Malgré un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros (2,3 milliards de francs suisses) au terme de l'exercice 2003-2004, le foot professionnel ibérique accuse une perte de 306 millions d'euros… dont près de la moitié (150 millions) est à mettre sur le dos du seul FC Barcelone!

Quant au glorieux Real Madrid, il annonce fièrement un bénéfice de 59 millions d'euros, alors que sa dette nette culminait à 278 millions voilà quatre ans. Question: qu'en serait-il si les autorités madrilènes n'avaient pas fignolé une loi permettant au Real de vendre son patrimoine immobilier et de se renflouer par la même occasion?

Italie: un «western spaghetti» de série B

En Italie, on a le choix entre les trois ingrédients du «western spaghetti» façon calcio: dopage galopant, paris truqués, déficits abyssaux. Examinons simplement le troisième volet pour prendre le pouls de la crise. Selon le quotidien Le Monde, la dette globale des équipes des séries A et B s'élève à 1,9 milliard d'euros, leurs pertes ayant augmenté de 696% entre 1995 et 2002. Des clubs aussi prestigieux que Parme, la Lazio Rome, l'AS Rome et Naples sont menacés de faillite. L'AC Milan (143 millions d'euros de déficit) et son voisin l'Inter (176 millions) ne se portent guère mieux, mais leurs propriétaires, Silvio Berlusconi et Massimo Moratti, bouchent les trous avec leurs fonds propres.

Cerise sur le gâteau, le décret-loi salvacalcio («sauver le foot»), destiné à consentir aux clubs un étalement de leurs arriérés sur dix ans, n'a pas passé la rampe du parlement. Sauf miracle, le feuilleton transalpin ne se dirige pas vers un happy end…

France: VA-OM, un scandale qui aura servi

Du côté de l'Hexagone, le scandale du match «arrangé» Valenciennes-OM de 1992 aura au moins servi à quelque chose: la création de la Direction nationale du contrôle de gestion des clubs, laquelle passe au crible leur comptabilité et peut punir les dissidents. L'an dernier, Monaco a frisé la relégation à cause d'un déficit de 53 millions d'euros. Aujourd'hui, il semble que le récent finaliste de la Ligue des champions soit l'un des rares clubs de Ligue 1 encore dans la zone rouge, en compagnie du Paris SG et de Marseille.

Les trois compères promettent le retour à l'équilibre dès la saison prochaine, grâce à une politique de rigueur déjà appliquée par l'Olympique lyonnais: baisse des salaires des joueurs, gel des transferts onéreux. C'est bien, mais cela incite toujours plus de footballeurs français à s'expatrier.

Allemagne: les salaires revus à la baisse

En Allemagne, la dette cumulée des clubs de 1re et 2e Bundesliga atteint 700 millions d'euros. Montant qui n'empêche pas Christian Müller, responsable des finances auprès de la Ligue nationale, d'estimer que «la situation économique de la Bundesliga est solide». Reste que les ténors se voient contraints de trancher dans le vif afin de sauver les meubles. Ainsi Borussia Dortmund, qui doit économiser 20 millions d'euros suite à la chute de son action en Bourse (de 11 à 2,60 euros).

Ainsi «l'immense» Bayern Munich, annonçant une réduction des salaires des joueurs de 15 à 20%. «Nous ne ferons plus de folies», a déclaré le président bavarois Karl-Heinz Rummenigge. Une sagesse en contradiction avec l'unique ambition du Bayern: redevenir champion d'Europe.

Angleterre: un modèle nommé Manchester United

Enfin, quid de l'Angleterre? Elle représente un cas à part. Non pas en matière de déficit global (922 millions d'euros pour la Premier League), mais plutôt du côté de l'exemple constitué par Manchester United, club le plus riche de la planète: 251,4 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un bénéfice net de 45 millions en 2003. Evidemment, un marketing d'enfer sur la «marque MU» et une fréquentation moyenne du stade à 93% de sa capacité, ça aide. Mais l'essentiel réside ici: le volume des salaires n'excède pas la moitié du chiffre d'affaires généré. Tandis que chez d'autres, la proportion peut aller jusqu'à 70 ou 80%.

Depuis l'année passée, le G14 – groupement des plus grands clubs européens – a d'ailleurs entamé des négociations sur le cost control, soit le plafonnement de la masse salariale. Sans doute le moyen le plus efficace pour que, une fois retombée l'euphorie de l'Eurofoot 2004, le ballon rond continental évite de franchir le pas qui conduit à la banqueroute.