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Altercation entre le défenseur de l'AC Ajaccio Cédric Avinel et le milieu de terrain du Havre AC, Jean-Philippe Mateta.
© PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP PHOTO

Sanction

En Corse, la loi du talion rond

Le stade d'Ajaccio, théâtre d'incidents violents lors de la venue dimanche du club du Havre, a été suspendu à titre conservatoire par la Ligue française de football 

Peut-on encore jouer au football professionnel en Corse? Après les violents incidents de dimanche dans l'île, lors du match de Ligue 2 entre Le Havre AC et l'AC Ajaccio pour l'accession en Ligue 1, la question a reçu mardi une réponse partielle de la Ligue française de football.

Si la victoire à l'arraché des Ajacciens aux tirs au but (2-2 à l'issue des prolongations) n'a pas été annulée, comme le demandait le club normand, le stade François Coty d'Ajaccio est désormais privé de compétition «à titre conservatoire». C'est dans une autre ville, à Montpellier, qu'aura lieu ce mercredi soir le match de barrage entre Ajaccio et Toulouse.

Les chants racistes, les lancers de fumigènes et les intimidations physiques contre les supporters du Havre ainsi que les dégradations commises contre le bus des joueurs continentaux ont aussi amené la commission de discipline de la ligue à suspendre l'entraîneur insulaire, Olivier Pantaloni, ancien joueur d'Ajaccio, Nice et Bastia. En avril 2017, les images d'agressions contre des joueurs lyonnais lors d'un déplacement à Bastia avaient fait le tour des réseaux.

Instrumentalisation politique

L'affaire est plus que footballistique. Elle a réveillé, en France, le fantôme des nombreuses violences commises sur l'île à l'occasion de matches à haute intensité. Avec des dérapages verbaux et racistes propres à Ajaccio. En 2012, une rencontre entre l'autre club de la ville, le Gazelec Ajaccio, et le Paris FC, second club de la capitale française après le Paris Saint Germain, avait fini en pugilat verbal et en bordées d'insultes anti-continentaux. Bis repetita en février 2013, lorsqu'une bagarre générale avait éclaté, dans un stade chauffé à blanc, après un match Gazelec Ajaccio-RC Lens. Les supporters des deux camps s'en étaient mêlés. Bilan: sept blessés.

Dans l'île, le rappel de ces violences récurrentes passe mal. Ce lundi, le quotidien Corse Matin a ainsi donné une large place aux supporters un peu honteux du déroulement de la rencontre, mais furieux de «voir le football corse traîné dans la boue». Coté politique, le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni a même proposé de constituer un «collectif d’avocats» pour répondre à ce «lynchage médiatique» et à ce «déferlement de haine anti-corse», citant les envahissements de terrain survenus dans d'autres stades de France depuis le début de l'année.

Vrai? Pas si sûr, tant les liens entre le foot et la violence sont établis dans l'île. A preuve: la mort violente, en 2012, d'une personnalité clé de l'AC Ajaccio, Jacques Nacer, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, assassiné par balles. Autre lien: le rôle joué au sein du club depuis 2008 par le nationaliste Alain Orsoni, tantôt président, tantôt vice-président et plusieurs fois poursuivi en justice. Celui-ci a démissionné de la Ligue française de football professionnel pour protester. 

Caisse de résonance médiatique

La réalité est que dans l'île, désormais politiquement contrôlée par les nationalistes depuis les élections territoriales de décembre 2017, les stades sont devenus des chaudrons utilisés comme des lieux de riposte médiatique, compte tenu de la présence des caméras et de la presse. Objectif selon un journaliste sportif corse: «Tenir tous les observateurs à l'écart. Faire passer le message selon lequel le ballon rond est, ici, comme beaucoup d'autres activités publiques, soumis à la loi du talion.»

Sans surprise, ceux qui défendent ce point de vue préfèrent rester anonymes. «Les clubs de foot ne sont pas des entités sportives en Corse, poursuit un ancien élu insulaire. Ils ont été confisqués, mis sous le boisseau par les nationalistes qui laissent les hooligans locaux agir pour mieux pouvoir dénoncer l'impuissance de la police. On crée des problèmes pour les utiliser.»

Tous les types de football ne sont toutefois pas concernés à l'identique. Le futsal, ou foot en salle, n'a pas donné lieu à des émeutes similaires à Bastia, lors de la compétition internationale «Bastia Agglo» organisée l'été dernier. Le club suisse Uni Futsal Team Bulle s'était alors qualifié pour la finale, sans que le stade bastiais s'enflamme. Il est vrai qu'in fine, la formation helvète s'était inclinée 10 à 3…


A lire pour en savoir plus:

Ghjiseppu Lavezzi, Vertiges de l'honneur, Ed. Nevicata.

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