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En septembre 2017, l’équipe du Costa Rica lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde. Pendant le Mondial de 2014, les «Ticos» ont été une révélation.
© Moises Castillo / AP Photo

Football

Le Costa Rica, cette Suisse qui va en quart

Comment ce pays de 4,8 millions d’habitants, surnommé la Suisse d’Amérique centrale, a-t-il pu disputer ce quart de finale de Coupe du monde dont rêve en vain la Nati? Les héros de 2014 racontent, avant Suisse-Costa Rica le 27 juin

Dans le «groupe de la mort», il était l’agneau attaché à un poteau que trois loups allaient dévorer. Au Brésil, le Costa Rica est pourtant sorti premier de sa poule, devant l’Uruguay, l’Angleterre et l’Italie. Les Ticos seront la grande révélation de la Coupe du monde 2014. «Après le tirage, j’ai dit aux joueurs que plus le taureau était fort, meilleure était la corrida», se rappelle Jorge Luis Pinto, l’ex-sélectionneur colombien du Costa Rica. «Il nous a aussi dit que Dieu proposait les épreuves les plus difficiles aux meilleurs guerriers», ajoute Daniel Cambronero, la doublure de la star Keylor Navas au Brésil.

Au-delà du discours volontariste et des métaphores, Pinto s’est surtout adjoint les services du psychologue colombien Jaime Perozzo pour muscler le mental de ses joueurs. Le but: favoriser la cohésion du groupe et la confiance d’une sélection qui allait disputer son quatrième Mondial mais restait sur deux éliminations au premier tour, en 2002 et 2006. «Le message principal était qu’on ne pouvait plus se contenter de participer, qu’il fallait se rendre compte qu’on avait accumulé beaucoup d’expérience, qu’on était capables de grandes choses», indique Cambronero.

Des joueurs intelligents et réceptifs

Pour écrire l’histoire, Jorge Luis Pinto a sa méthode. «On dit qu’une préparation pour le Mondial débute lors du stage d’avant-compétition, indique cet entraîneur de 64 ans. Mais pour moi, elle a débuté dès janvier, quand j’ai rendu visite à l’ensemble des joueurs de la sélection pour leur remettre un plan d’entraînement complémentaire.» Au-delà de l’entretien optimal de leur condition physique, le plan de Pinto proposait aussi à certains joueurs des exercices techniques sur des gestes précis pour qu’ils travaillent leurs points faibles. La success-story des Ticos trouve peut-être sa raison majeure dans cette préparation minutieuse réalisée en amont.

Quand débute le stage d’avant-Mondial, les joueurs savent déjà tout de leurs redoutables adversaires. «On est arrivés avec les idées très claires, confirme Cambronero, actuel gardien du club Herediano. On a fait de mauvais matches de préparation, mais c’est parce qu’on travaillait des points spécifiques.» Pour neutraliser l’Uruguay, son premier adversaire, Jorge Luis Pinto demande à son entre-jeu de harceler les deux milieux défensifs Arévalo et Gargano, plaques tournantes de la Celeste. Il faut sevrer de ballons Suarez et Cavani. «Tabarez [le sélectionneur de l’Uruguay] m’a dit qu’on l’avait surpris en pressant ainsi», assure Pinto, un entraîneur reconnu pour son savoir tactique. «Je suis aussi tombé sur des joueurs réceptifs, poursuit-il, car le Costaricien a un bon niveau culturel moyen, et cela a facilité leur capacité à assimiler mes idées.»

Une débauche d’énergie suspecte

L’importance de bien débuter un Mondial n’est pas qu’un mythe. «Après avoir dominé l’Uruguay (3-1), la foi du groupe en lui a triplé», confirme Gabelo Conejo, entraîneur des gardiens de la sélection. Annoncé comme faire-valoir du groupe D, le Costa Rica se qualifie finalement pour les huitièmes de finale dès le deuxième match, après avoir dominé l’Italie (1-0). Son 4-5-1 à la pression haute asphyxie ses adversaires, et ses interprètes excellent dans la profondeur. «Je vais vous faire une confidence, nous dit Pinto. Au terme du match face à l’Italie, sept de mes joueurs ont été convoqués au contrôle antidopage, au lieu des trois habituels, ils courraient tellement que la FIFA était sceptique sur les ressorts de notre condition physique.»

Particulièrement disciplinés tactiquement, les Ticos ne calculent pas leurs efforts, mais ne sont pas loin d’atteindre le point de rupture. «Après le troisième match [contre l’Angleterre, 0-0], on était épuisés mentalement et physiquement, confie Cambronero, mais Pinto s’est montré intransigeant.» Le Costa Rica passe les huitièmes de finale aux tirs au but contre la Grèce (1-1, 4-3 t.à.b), avant d’être éliminé en quart de finale par les Pays-Bas, toujours aux tirs au but (0-0, 3-4 t.à.b). Elu meilleur gardien de la Liga avec Levante, Keylor Navas multiplie les exploits, se montrant décisif contre la Grèce et étant élu deux fois homme du match (face à l’Angleterre et aux Pays-Bas), honneur rare pour un gardien. En quarts de finale, Navas ne pourra empêcher l’élimination, même s’il garde une nouvelle fois sa cage inviolée (0-0). Le petit pays qui devait quitter le Brésil au terme du premier tour repart finalement invaincu, après n’avoir encaissé qu’un seul but. «Avant le Mondial, j’avais dit à mes proches: «Je ne sais pas si on va gagner un match, mais je sais qu’on sera dur à battre», conclut Pinto.

Tensions à l’interne

Tout n’a cependant pas été rose et les relations furent tendues entre un sélectionneur au tempérament volcanique et ses joueurs, notamment Keylor Navas. «Quelques mois avant le Mondial, les leaders du groupe s’étaient déjà réunis avec Pinto pour lui dire de mettre un peu d’eau dans son vin s’il voulait ne pas perdre son travail», précise Conejo.

L’équipe comptait de nombreux joueurs évoluant à l’étranger, une situation inédite pour le Costa Rica. Au-delà de Navas, qui s’apprêtait à signer au Real Madrid, il y avait aussi Bryan Ruiz (Fulham), l’ex d’Arsenal, Joel Campbell (Olympiakos) ou Celso Borges (AIK Solna), aujourd’hui à La Corogne. «Quand 75% des joueurs évoluent dans des championnats exigeants, ils convainquent facilement le quart restant qu’ils peuvent se mesurer aux meilleurs. Quand la proportion est inversée, c’est plus compliqué», estime Gabelo Conejo, qui sait de quoi il parle. Il était le gardien de la sélection huitième de finaliste en 1990 en Italie avec une bande d’amateurs cornaquée par Bora Milutinovic.

Malgré ce qui sépare ces deux époques, Gabelo Conejo dresse un pont entre sa sélection pionnière et celle de 2014. «L’idiosyncrasie du Costaricien est de hausser son niveau face à des adversaires prétendument supérieurs», assure-t-il. Tomber dans le «groupe de la mort» aurait presque fait figure de bénédiction.

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