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La France, vainqueur de la Coupe Davis en 2017.
© Christophe Ena

L’œil du court

La Coupe Davis méritait d’avoir sa chance

Il n’était pas nécessaire de tuer une épreuve centenaire pour régler un problème somme toute très circonstanciel, estime Marc Rosset dans sa chronique au «Temps»

Je ne suis pas opposé par principe à une réforme de la Coupe Davis. Ce que je constate, en découvrant le projet dévoilé la semaine dernière par l’ITF, c’est qu’il n’est plus question de changement; on a créé une autre épreuve, qui, pour moi, ne devrait plus s’appeler Coupe Davis.

Le format ressemble à celui d’une Coupe du monde, comme il en existe dans beaucoup de sports. Un copié-collé. Les infrastructures que réclame la réunion de 18 pays sur une semaine en novembre laissent peu de place au doute: cette compétition aura lieu dans les grandes villes d’Asie. Durant ma carrière, j’ai croisé beaucoup de supporters suisses à l’étranger; c’était souvent des passionnés qui faisaient un effort financier. Economiser pour une finale à Lille, ce n’est pas exactement la même chose que se saigner pour un match de poule à Shanghai. Donc beaucoup ne verront plus de matchs de Coupe Davis.

ITF perd la guerre

On dit que les joueurs préfèrent cette formule resserrée sur une semaine. Mais les mêmes qui se plaignent des saisons trop longues devraient désormais se mobiliser pour une épreuve qui aura lieu trois semaines après Bercy et qui reportera d’autant leurs vacances? Ils le feront sans doute parce que le prize-money s’annonce hallucinant, mais alors c’était un problème d’argent et non de formule.

Ce qui me gêne, c’est que la fédération internationale n’ait pas essayé de tester d’autres solutions avant. Elle aurait pu modifier les dates, donner plus de points ATP, augmenter le prize-money, sensibiliser les joueurs… L’ITF ne l’a pas fait. L’ATP a su imposer les Masters 1000 en obligeant les joueurs à venir; l’ITF est incapable de garantir la présence des meilleurs en Coupe Davis. L’ATP peut préserver les intérêts de tournois mineurs créés il y a cinq ou dix ans; l’ITF n’arrive pas à défendre une compétition vieille de 118 ans. Il y a une guerre dans le tennis professionnel et l’ITF l’a perdue.

Le tennis, un sport de traditions

Le problème actuel du tennis, c’est qu’il se résume à trois noms. Le public a été éduqué à croire que sans ces trois, une épreuve n’a pas de valeur. Ces joueurs exceptionnels ont accumulé un tel palmarès que, pour eux, remporter la Coupe Davis une fois suffit. Je ne leur fais aucun reproche; je me dis juste que l’ère des Federer-Nadal-Djokovic fut une période unique qui a donné lieu à une situation unique et qu’il aurait valu la peine d’attendre d’en sortir pour juger de la suite. Moi, ce que je vois, c’est un Zverev qui reste six semaines en Australie pour jouer un premier tour ou un Thiem qui joue en deuxième division pour sauver l’Autriche. Et Stan et Roger ensemble, c’était il n’y a pas si longtemps…

Pour moi, la Coupe Davis vient, en termes d’importance, juste après les tournois du Grand Chelem. Le tennis est un sport de traditions et je trouve dangereux qu’on marchande son histoire pour un profit à court terme. A chaque fois que cela s’est produit – lorsque l’ATP a vendu ses droits à ISL qui a rapidement fait faillite, lorsque les tournois ont fait le pari des télévisions payantes, lorsqu’on a voulu organiser les Masters dans les lieux sans tradition, lorsqu’on a créé une ligue artificielle en Inde –, cela s’est toujours mal terminé.

Le produit «tennis» est faible parce qu’il s’est rendu dépendant de quelques joueurs. Mais le football n’est pas mort avec Pelé, la NBA a très bien survécu au départ de Magic et de Jordan. Le tennis continuera après Nadal et Federer.

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