«Les joueurs ont une occasion fantastique de se mettre en évidence durant trois jours, de sortir des grands matches et de faire rêver le public suisse. J'aimerais avoir encore 20 ans et être à leur place.» Marc Rosset donne-t-il dans la nostalgie sincère ou s'évertue-t-il simplement à fouetter l'orgueil de ses protégés? Un peu des deux, sans doute. Toujours est-il qu'à l'aube du premier tour de Coupe Davis que la Suisse dispute face aux Pays-Bas, dès aujourd'hui à Fribourg, le capitaine helvétique cherche à faire de l'absence de Roger Federer une chance pour les autres membres de l'équipe. «La seule différence, lorsque «Rodgeur» est là, c'est que nous avons une bonbonne d'oxygène en plus, poursuit le Genevois. Mais les gars savent jouer au tennis et ils ont envie de le montrer. Je veux voir des lions sur le court.»

Les félins potentiels sont au nombre de quatre: Stanislas Wawrinka et Marco Chiudinelli en simples, Yves Allegro et George Bastl en double. «La sélection s'est effectuée le plus simplement du monde, explique Marc Rosset. Au sortir d'une cure d'antibiotiques, Ivo Heuberger, un peu au-dessous des autres à l'entraînement, a lui-même demandé à ne pas être sur le terrain. En fait, il a anticipé notre décision. Il n'y avait dès lors, compte tenu de l'expérience de George en double, pas beaucoup de questions à se poser.»

Les heureux élus gambergent-ils, eux? «Un match de tennis reste un match de tennis, mais j'aurai peut-être un peu de mal à m'endormir ce soir (ndlr: hier)», admet Stanislas Wawrinka, propulsé à bientôt 20 ans dans le costard de numéro 1 suisse, alors qu'il n'a disputé qu'une seule rencontre de Coupe Davis – dénuée d'enjeu et perdue l'an passé face au Roumain Victor Hanescu. «Depuis que je suis gamin, je rêve de prendre part à cette épreuve, ajoute le Vaudois. Mon cœur battra très fort en entrant sur le court et j'espère que le public sera là (ndlr: il reste environ 900 places sur les 4300 disponibles au Forum de Fribourg) pour partager ces émotions. Je suis content de jouer le deuxième match vendredi: cela me laissera le temps de prendre la température.»

C'est Marco Chiudinelli, totalement néophyte pour sa part, qui aura le redoutable honneur d'ouvrir les hostilités face à Sjeng Schalken. En dépit de l'expérience du leader batave, qui affiche 32 rencontres de Coupe Davis au compteur – contre 14 au total pour les quatre Suisses –, le Bâlois de 24 ans paraissait détendu après le tirage au sort. Mais il ne se fait pas d'illusions: une responsabilité encore inconnue pèsera très bientôt sur ses épaules et il le sait. «Il est évident que la pression va monter d'ici au match, dit-il. Si je parviens à gérer le stress de façon positive, je pense pouvoir livrer une bonne performance. Je n'ai jamais disputé de rencontre au meilleur des cinq sets, mais je suis en forme, heureux d'avoir reçu la confiance de Marc et fier de représenter la Suisse pour la première fois… en espérant que ce ne soit pas la dernière.»

L'aveu démontre que l'esprit du bizut n'est pas si tranquille que ça. Marc Rosset redoute-t-il l'inexpérience de ses deux poulains en simple? «Je leur demande depuis une semaine de ne pas se prendre la tête, répond le capitaine. A mes yeux, tout le monde a le droit de perdre un match à condition d'avoir donné le maximum. De toute façon, il y a toujours une première fois. Si nous voulons un jour remporter la Coupe Davis, et c'est mon but, il faudra bien sûr que «Rodgeur» soit là. Mais il faudra aussi qu'il soit bien secondé. Nous avons l'occasion de préparer l'avenir, c'est le moment de lancer la relève dans l'arène.»

Au-delà de l'objectif immédiat – la qualification pour les quarts de finale – se profile une perspective au plus long cours: doter Roger Federer d'un soutien digne de ce nom. Lui montrer qu'il n'est pas le seul à pouvoir faire tomber un point dans l'escarcelle helvétique. Lui prouver qu'il peut y avoir une forêt derrière l'arbre incontournable qu'il constitue. Car, si sa politesse naturelle et son sens aigu de la camaraderie n'ont jamais autorisé le numéro 1 mondial à se plaindre ouvertement de ses comparses, le Bâlois, qui a porté l'équipe à bout de bras, a parfois trahi quelques signes de lassitude.

«Nous sommes là pour apprendre, emmagasiner de l'expérience et nous qualifier, dit Stanislas Wawrinka. Mais nous voulons aussi profiter de cette confrontation face aux Néerlandais pour montrer à «Rodgeur» que nous sommes capables de répondre présent. Pour lui donner envie de nous rejoindre au plus vite.»

Roger Federer a mûrement réfléchi avant de renoncer à affronter les Pays-Bas, histoire de mieux se consacrer à la défense de son trône. Par son absence – une fois n'est pas coutume –, le génial Rhénan pourrait faire le plus grand bien au tennis suisse. En lui donnant l'opportunité, l'espace d'un week-end, de voler de ses propres ailes. «Je sens que les joueurs sont «chauds», témoigne l'entraîneur Ivo Werner. Leur motivation a été extrême durant toute la semaine. Ils sont prêts à prendre leurs responsabilités.»