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La Coupe d’Europe est dans l’ADN de Liverpool

En finale de la Ligue des champions samedi face au Real Madrid, Liverpool comptera sur son trio offensif, la foi de ses supporters et son rapport intime avec une compétition qui lui a souvent réussi

Tous les grands clubs ne sont pas égaux devant la Coupe d’Europe. L’AC Milan y a beaucoup mieux réussi que la Juventus de Turin, le Real Madrid que le FC Barcelone et Liverpool que Manchester United. Il y a tellement d’années que Liverpool n’a pas été champion d’Angleterre – le dernier titre remonte à 1990 – que je ne suis pas sûr que les fans ne préféreraient pas gagner la Premier League, mais les Reds sont à nouveau en finale de la Ligue des champions et la perspective d’en gagner une sixième, deux fois plus que MU, poussera l’équipe à tout donner pour renverser le Real Madrid.

Il y a dix ans, City ne vendait pas un maillot hors de Manchester. Liverpool, lui, est un mythe et il doit cette réputation à ses conquêtes européennes dans les années 1970 et 1980. La dernière grande victoire remonte à 2005 mais, malgré cela, le club peut attirer 100 000 spectateurs pour un simple match amical en Australie. La Coupe d’Europe fait partie de l’ADN de Liverpool.

L’appui indéfectible des supporters

Pour le supporter, cela passe par suivre son équipe n’importe où. Il ne regarde généralement pas à la dépense, et tant pis s’il faut pour cela trouver un deuxième job, bouffer des boîtes de beans and tomatoes jusqu’à la fin du mois ou dormir sur place à la belle étoile. L’essentiel est de trouver un ticket pour le match, parce que supporter le club est le point central de sa vie. Un Anglais peut partir en vacances en Espagne avec l’écharpe de son club de cinquième division ou se faire tatouer l’écusson de son équipe de League Two. C’est son club et ce lien est inconditionnel et indéfectible. Le Sun avait une fois publié un sondage sur cette question: «Entre coucher avec un top model et aller voir votre équipe, que préférez-vous?» Le résultat avait été clair et net.

Je ne sais pas combien de supporters seront à Kiev parce que le club n’a reçu que 16 000 billets et que les dirigeants ont dissuadé ceux qui n’ont pas de ticket de tenter l’aventure. Mais ceux qui y seront chanteront pour tous les autres. J’ai souvent discuté avec d’anciens joueurs de la finale d’Istanbul (j’avais signé au Celtic cinq mois plus tôt) et tous m’ont dit qu’entendre les fans chanter You’ll Never Walk Alone alors qu’ils perdaient 3-0 à la mi-temps les avait reboostés dans les vestiaires. Le public leur avait fait oublier la fatigue et la frustration, ils étaient revenus sur le terrain à 110%. J’ai toujours dit que pour ces gens-là, je me serais fait casser la jambe si ça avait pu éviter un but, alors que pour l’équipe de Suisse, j’aurais hésité.

Avoir derrière soi autant de passion et de soutien est pour les joueurs une grande chance, mais également une grande responsabilité et une grosse pression. Vous sentez que vous représentez une communauté et vous n’avez pas envie de la décevoir. Il faut savoir gérer cette attente, qui est particulièrement forte à Liverpool où vous ne pouvez au mieux que faire aussi bien que ceux qui vous ont précédés.

Trio magique

Face au Real Madrid, Liverpool ne sera pas favori, et c’est un rôle qui lui convient parfaitement. L’équipe a prouvé aux tours précédents qu’elle pouvait faire exploser n’importe qui sur un match. La force de frappe de son trio magique Salah-Firmino-Mané est incroyable – et le Real ne m’a pas impressionné défensivement. Ils concèdent beaucoup de buts, le double du Barça en championnat d’Espagne. Il y aura des possibilités, la Juve et le Bayern l’ont montré.

La défense a longtemps été le point faible de Liverpool. L’arrivée cet hiver de Van Dijk a stabilisé le back four et rassuré toute l’équipe. Pour moi, il peut encore progresser mais il a cette personnalité de leader qui faisait défaut. Les autres défenseurs sont moins cotés. Robertson fait une superbe deuxième partie de saison, Lovren tient la route sans être exceptionnel. La clé du match sera sans doute la performance du jeune Alexander-Arnold sur le côté droit. C’est la révélation de l’année mais il peut passer au travers, comme à Rome ou comme lors du derby contre United. Face à un Cristiano Ronaldo, Liverpool ne pourra pas se permettre la moindre erreur.

Jürgen Klopp a amené Liverpool en finale mais en football, il faut gagner des trophées. Surtout lui, qui n’a remporté qu’une seule de ses six précédentes finales. S’il perd de nouveau, on commencera à dire que ça fait beaucoup et à remettre en question sa gestion de ces matches couperets. Le club aussi a besoin de titres. Si Liverpool renaît, c’est d’abord parce qu’il a eu la main heureuse sur les transferts, avec les ventes record de Suarez et Coutinho au Barça et l’arrivée pour pas cher de Salah. Mais il n’est pas encore redevenu une bonne adresse, un club attractif pour les meilleurs joueurs du monde. Pour cela, il faut gagner des trophées, lutter pour le titre et, surtout, le faire chaque année.


* Ancien défenseur de Liverpool (1999-2005) et de l’équipe de Suisse (72 sélections)

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