Au bout du fil, Marius Robyr préfère se rappeler du positif. En l’occurrence, l’impressionnante victoire de l’Américaine Mikaela Shiffrin, «partie en dernier et qui réussit à s’imposer», ce lundi, lors du slalom de Crans-Montana. Des trois épreuves de Coupe du monde dames prévue sur la piste du Mont-Lachaux, c’est la seule qui a pu être disputée. Samedi et dimanche, le combiné alpin puis la descente ont été annulés. «Nous avons dû faire avec des conditions extraordinaires, explique le président du comité d’organisation. Dans la nuit de vendredi à samedi, il est tombé plus d’un mètre et demi de neige.» Et la piste n’a pu être préparée à temps, demeurant trop molle pour qu’une descente puisse s’y dérouler dans des conditions de sécurité satisfaisantes.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Jour et nuit, bénévoles, militaires et hommes de la Protection civile ont accompli un travail gigantesque, mais insuffisant. «C’est surtout pour eux que je suis déçu de l’annulation des courses», glisse Marius Robyr. Lui, il a longtemps encadré la Patrouille des glaciers (de 1990 à 2008) et organisé de nombreuses compétitions en extérieur. Il sait qu’il faut bien faire avec les conditions qui se présentent. «Pour apprécier le scénario idéal, il faut aussi être prêt à affronter le pire, glisse-t-il. Là, on aurait pu avoir mille personnes à l’œuvre sur la piste et dix machines, ça n’aurait rien changé. Il a neigé trop fort et nous avions trop peu de temps.»

Treize épreuves annulées

Les images de ces pistes dessinées au canon sur de vert pâturages en début de saison sont encore dans tous les esprits. Trop de neige? Le cas de Crans-Montana est singulier, mais il vient s’ajouter à ceux de nombreuses autres stations qui ont aussi dû renoncer à des épreuves de Coupe du monde cet hiver. Si les géants d’ouverture de la saison avaient pu se dérouler fin octobre à Sölden, en Autriche, les slaloms de Levi, en Finlande, avaient été les premières courses à passer à la trappe, mi-novembre.

À ce jour, treize épreuves ont été annulées. Ce n’est pas encore un record et il est même difficile de dégager une tendance incontestable sur ces dernières années. Il y a eu beaucoup d’annulations lors des hivers 2010-2011 (douze) et 2011-2012 (quinze), mais les deux suivants n’en avaient compté que cinq et sept. Cette année, presque toutes les épreuves annulées ont pu être reprogrammées ailleurs. La station de La Thuile, dans le val d’Aoste, a ainsi récupéré la descente de Crans-Montana. Elle se disputera ce vendredi, avant les deux courses déjà prévues samedi et dimanche.

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Depuis le début de l’hiver, toute la panoplie des motifs d’annulation a été passée en revue ou presque: des températures trop «printanières» (le slalom de Maribor, en janvier), trop de brouillard (le géant messieurs d’Adelboden), de pluie (celui de Garmisch) ou, donc, de neige (à Crans-Montana). «Au moins, on a pu montrer qu’il n’y avait pas de soucis de ce côté-là en Valais, se console Marius Robyr. On a vu de belles images avec beaucoup de poudreuse.» Mais le roi des problèmes, le plus fréquent, reste bien sûr le manque de neige, qui a conduit à l’annulation d’épreuves à Levi, Zagreb, Sankt-Anton et Ofterschwang. C’est celui qui préoccupe le plus en vue de l’avenir.

Pas de garantie en décembre

La situation est particulièrement critique pour les stations qui organisent les premières courses en Europe durant l’hiver, comme Val d'Isère, dont le Critérium de la première neige se déroule toujours en décembre. Un positionnement stratégique censé donner un coup de fouet au début de la saison touristique hivernale, mais qui implique un risque que les responsables mesurent parfaitement. Ils ont dû annuler tout ou partie des épreuves programmées en 2003, 2004, 2006, 2007, 2011 et enfin 2014.

Les organisateurs en Europe ne veulent plus accepter les premières compétitions de décembre, il n’y a pas de garantie de neige.

Cette année-là, le manque de neige chronique avait relancé le débat sur l’organisation du calendrier. L’Italien Markus Waldner, directeur des compétitions masculines à la Fédération internationale de ski, évoquait alors deux pistes de réflexion: prolonger la tournée nord-américaine (onze épreuves à cheval entre novembre et décembre cette saison) avant de traverser l’Atlantique, ou décaler la saison pour la faire se terminer en avril, pour prendre la mesure d’un hiver commençant plus tard. «Les organisateurs en Europe ne veulent plus accepter les premières compétitions de décembre, il n’y a pas de garantie de neige», remarquait-il à l’époque. Avec une autre conséquence: «Les assurances rechignent à prendre en charge l’organisation de courses.»

Conséquences financières

Ce problème, Crans-Montana ne l’a pas, avec des épreuves programmées en février, quand la probabilité d’avoir de la neige est plus haute. Du coup, Marius Robyr a bon espoir que le manque à gagner du week-end, environ 400 000 francs de droits TV et de billets d’entrée, sera couvert par l’assurance de l’organisation, un poste qui a son importance au budget. «Nous payons entre 70 000 et 100 000 francs de prime», précise le président du comité.

Selon lui, les conséquences financières de l’annulation ne touchent guère que le comité d’organisation des épreuves. La station n’a pas eu à faire le deuil de retombées économiques escomptées. «Pour les hôtels et les restaurants, cela n’a pas changé grand-chose, car nous avons annulé les courses à la dernière minute. Le public était là en nombre, les sponsors, les athlètes et leurs accompagnants aussi.»

À Crans-Montana, une épreuve avait déjà été annulée en 2014 (à cause du brouillard), deux l’ont été cette année. Mais pas de quoi atténuer l’enthousiasme de Marius Robyr et de son comité, qui ont obtenu des épreuves de Coupe du monde dames jusqu’en 2020, et qui rêvent d’accueillir les Championnats du monde en 2025. «Il aurait fallu se remettre en question s’il y avait eu un grave accident ou un problème d’organisation, estime le président. Mais c’est tout l’inverse: la Fédération internationale de ski nous assure que personne n’aurait pu faire mieux. Ce que nous avons vécu là était exceptionnel.»