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La Coupe du monde se joue dès le tirage au sort

OPINION. Tous les adversaires ne se valent pas. L’équipe de Suisse, qui a hérité d’un groupe difficile, en est convaincue, estime Stéphane Henchoz dans sa chronique au Temps

Tous les joueurs susceptibles de participer en juin prochain à la Coupe du monde en Russie ont suivi vendredi le tirage au sort. Ils ont regardé cela depuis chez eux ou à l’hôtel pour ceux qui jouent samedi à l’extérieur. Ils ont partagé ce moment avec des coéquipiers, comme sans doute les Suisses du club allemand Mönchengladbach – Sommer, Zakaria, Elvedi, Drmic –, ou à distance via les réseaux sociaux, mais tous ont arrêté ce qu’ils étaient en train de faire pour connaître les noms de leurs futurs adversaires. Enfin la Coupe du monde 2018 devient concrète.

On sait contre qui on va jouer, quand, dans quelles villes, quels sont les adversaires potentiels en huitième de finale. Il y a là plus que de la curiosité ou de l’impatience: une grande partie de la Coupe du monde se joue dès le tirage au sort.

Il ne faut pas se mentir: il y a toujours des petites équipes. Des pays sans joueurs de talent ou sans expérience internationale. Bien sûr, aucun joueur ne le reconnaîtra publiquement. On a beau être en Coupe du monde, les ressorts psychologiques sont les mêmes qu’en deuxième ligue et l’entraîneur n’hésite jamais à afficher dans le vestiaire l’interview d’un adversaire trop confiant. Donc, tous les joueurs récitent toujours le même discours: ça ne sera pas facile, on respecte tout le monde, etc.

Affronter le Brésil, une chance

Le sélectionneur, lui, tient le même discours pour les médias mais à l’interne il va s’efforcer de relativiser: le faible n’est pas si faible, le fort n’est pas si fort. Cette fois, Vladimir Petkovic et les joueurs de l’équipe de Suisse n’auront pas à se forcer. Avec le Brésil, la Serbie et le Costa Rica, ils ont hérité d’un groupe réellement difficile. Trois équipes peuvent prétendre se qualifier avec le Brésil, clairement favori.

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Je préfère voir la perspective d’affronter le Brésil en Coupe du monde comme une chance. Par contre, je trouve que jouer la Seleção d’entrée est un handicap. Un tournoi final est ainsi fait que le sélectionneur n’a généralement le temps de préparer que le premier match. C’est celui que tout le monde a coché dans son agenda, celui qui va donner le ton de la compétition. C’est le seul que l’on peut vraiment préparer tactiquement durant les quinze jours de stage qui précèdent. Après, tout va très vite, entre la récupération, le changement d’hôtel, les déplacements (qui seront importants en Russie), l’enchaînement des rencontres.

Seul le résultat comptera

L’équipe de Suisse aura donc le temps de bien préparer le match qu’elle a le moins de chance de gagner. A la Coupe du monde 2014 comme à l’Euro 2016, elle avait pu à chaque fois engranger trois points et de la confiance avant de jouer la France. Cette fois, elle risque de se retrouver très vite dos au mur face à la Serbie, qui peut être redoutable si les événements lui sont favorables, puis face au Costa Rica, qui fut tout de même quart de finaliste en 2014.

Si la Suisse sort de ce groupe difficile, il est vraisemblable que ce sera à la deuxième place derrière le Brésil et il est tout aussi vraisemblable qu’elle affrontera l’Allemagne en huitième de finale. Sans forcément démériter, la Nati pourrait donc une fois encore échouer à atteindre ce quart de finale dont elle rêve depuis si longtemps. Elle n’aurait peut-être pas grand-chose à se reprocher mais personne n’en aurait rien à faire parce que la seule chose que l’on retiendra, c’est le résultat. Voilà pourquoi le tirage au sort est si important. 


* Ancien défenseur de Liverpool, 72 sélections en équipe de Suisse.

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