D’abord c’était nul; ensuite ce fut pire. La semaine européenne des clubs français a débuté par trois matchs nuls en Ligue des champions: 1-1 pour l’AS Monaco à Bruges, 2-2 pour le PSG à domicile contre Naples (égalisation de Di Maria dans les arrêts de jeu), 3-3 pour l’Olympique lyonnais à Hoffenheim (égalisation allemande en fin de match). Jeudi, jour de l’Europa League, les Girondins de Bordeaux ont perdu à Saint-Pétersbourg (2-1), le Stade rennais s’est incliné à domicile face au Dynamo de Kiev (1-2) et l’Olympique de Marseille a été battu au Vélodrome par la Lazio Rome (1-3).

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Depuis le début de la saison, ces six équipes ne totalisent que trois victoires en 18 matchs (17%), soit autant que le seul FC Zurich. Bordeaux, Monaco et l’OM sont près de l’élimination, Rennes est en danger, le PSG en difficulté. Seul l’OL, grâce à une première victoire surprise à Manchester contre City, tient actuellement son rang. Les statistiques le disent, c’est le début de campagne européenne le plus faible de l’histoire du foot français depuis 1972. L’indice UEFA, qui lisse les résultats d’un pays sur cinq saisons, continue de classer la Ligue 1 comme le cinquième championnat européen. L’OM était en finale de l’Europa League en mai, Lyon en demi-finale l’an dernier, Monaco en demi-finale de Ligue des champions en 2017.

Historiquement, le football de club hexagonal n’a jamais été particulièrement craint par ses rivaux. Depuis la création de la Coupe d’Europe (par le journal L’Equipe) en 1955, 149 coupes diverses (Coupe des clubs champions, Coupe des vainqueurs de coupe, Coupe de l’UEFA, Ligue des champions, Europa League) ont été mises en jeu. L’Espagne en a remporté 36, l’Italie et l’Angleterre 28, l’Allemagne 18, la France… 2 – Marseille en 1993 (Ligue des Champions) et le PSG en 1996 (Coupe des vainqueurs de coupe). Même des petits pays comme les Pays-Bas (11 victoires), le Portugal (7), la Belgique (4) ou l’Ecosse (3) font nettement mieux.

Deux Coupes du monde sur 21, deux Coupes d’Europe sur 149

Le bilan serait un peu moins négatif si les clubs français n’avaient pas perdu 85% de leurs finales (12 sur 14). Un taux d’échec inversement proportionnel au taux de réussite de la sélection nationale, vainqueur de cinq de ses sept grandes finales (71%). Car si les échecs répétés des clubs ont longtemps été mis sur le compte de la faiblesse générale du football français, ils choquent depuis une trentaine d’années que les Bleus trustent les honneurs: deux étoiles de champion du monde (1998, 2018), deux victoires à l’Euro (1984, 2000), un titre olympique (1984).

La France, c’est aussi ce pays devenu en quelques années l’un des plus gros exportateurs de joueurs (646 expatriés en 2017, selon une étude du CIES de Neuchâtel), qui recensait 52 nationaux à la Coupe du monde (dont 28 dans d’autres sélections), qui compte trois joueurs parmi les cinq plus gros transferts de l’histoire (Mbappé, Pogba, Dembélé), trois favoris du prochain Ballon d’or (Mbappé, Griezmann, Varane) et quelques entraîneurs de valeur (Zidane, Deschamps, Wenger).

De nombreuses explications ont été avancées. Un complexe d’infériorité, longtemps; l’exode des talents, plus récemment. Le mépris longtemps affiché à l’endroit de l’Europa League ne serait plus d’actualité. Tout comme le supposé manque de moyens, que surmontent des pays bien plus démunis. Le manque d’ouverture du football français, et surtout de son syndicat des entraîneurs, envers tout ce qui vient de l’étranger est patent, mais force est de constater que durant leurs deux saisons en France, ni Lucien Favre (avec l’OGC Nice) ni Unai Emery (au PSG) n’ont fait beaucoup mieux que les autres. Favre cartonne depuis avec le Borussia Dortmund (trois matchs, trois victoires, dont un 4-0 mercredi sur l’Atlético Madrid) et Emery redonne vie à Arsenal (trois matchs, trois victoires, en Europa League il est vrai).

Alors? «Nos clubs sont globalement mal gérés, tonne Guy Roux, 80 ans et ancien apôtre de l’indice UEFA. Il y a beaucoup de gaspillage, les joueurs sont trop payés, tout le monde recherche le profit immédiat. Ça manque de tenue, à tous les niveaux.» Sur Twitter, l’écrivain et philosophe Thibault Leplat, auteur d’un ouvrage de référence sur le style français, Football à la française, pointe du doigt le manque d’ambition général. «Réfléchir au style, à une manière, à une identité de jeu, c’est réfléchir au football plutôt qu’à la manière de 1/garder son job, 2/vendre le plus cher possible son poulain, 3/être à la une des journaux.»

Vendredi, le pays grondait. La France n’évolue pas, elle stagne ou révolutionne.