Cette année a été miraculeuse pour l'Australie. Non pas d'un point de vue politique ou économique, mais sur le plan sportif. Jamais le pays n'avait ainsi excellé: titres de champions du monde rugby à XV, de cricket, de netball, de hockey féminin, de surf masculin et féminin, de 400 mètres pour Cathy Freeman, vingt et un records du monde améliorés en natation masculine et féminine avec notamment l'apparition du jeune phénomène Ian Thorpe, victoire en Coupe Davis de tennis, etc.

La liste est longue. Bien évidemment, tout le monde attend la consécration suprême lors de ces Jeux olympiques. Quinze jours pour voir l'Australie en haut de l'affiche.

John Coates, le président du comité d'organisation public des JO, a annoncé l'objectif de 60 médailles dont 20 d'or, ce qui classerait le pays au cinquième rang mondial, derrière les intouchables Américains, et proche des Allemands, Russes et Chinois. Quinze jours pour voir l'Australie côtoyer les plus importantes nations du monde.

Les hommes politiques se sont depuis longtemps rendu compte de l'importance des résultats sportifs. L'Australie est perdue au bout du monde et compte peu, d'un point de vue économiquement et politiquement, sur l'échelle mondiale. Elle est sortie de l'anonymat en 1956 en organisant et en réussissant les jeux Olympiques de Melbourne, le meilleur résultat olympique du pays avant les jeux d'Atlanta. L'Etat a donc décidé d'investir dans le sport pour regagner une légitimité internationale.

Tout débute aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. L'Australie y réalise ses plus mauvais résultats depuis la création de la compétition et ne remporte que quatre médailles, dont aucune d'or.

Plaintes des athlètes

Malcolm Fraser, le premier ministre de l'époque, est présent au Canada. Il rencontre les athlètes, qui se plaignent de la faiblesse du soutien politique. Dès lors, le gouvernement fédéral entre en jeu: il crée l'Institut du sport australien (AIS). Sa principale antenne est installée à Canberra, la capitale australienne.

Plus de trente ans après sa construction, elle s'étale sur 65 hectares. L'ensemble de ses installations, d'une valeur 115 millions de francs, permet la pratique de quatorze sports différents. La capacité d'accueil a été portée à 350 athlètes. Mais, l'Institut n'est pas présent qu'à Canberra: quatorze autres sports, qui occupent deux cent cinquante athlètes, sont ainsi éparpillés dans le reste du pays.

Pour entraîner ces six cents sportifs, soixante-douze entraîneurs, venus des quatre coins du globe, sont employés par le gouvernement. L'Etat finance le projet à hauteur de 25 millions de francs par an.

Les résultats sont d'ailleurs à la hauteur de ses attentes, puisque l'institut est désormais quasiment un incontournable du paysage sportif australien: plus de la moitié des joueurs champions du monde de rugby sont passés par l'Institut, ainsi que 76% des 41 médaillés d'Atlanta.

Attente immense de la part du public

L'engagement fédéral ne s'arrête cependant pas là. Il donne aussi 75 autres millions de francs à la Commission du sport, qui reverse ensuite cet argent aux différentes fédérations et entités du monde sportif australien.

L'Australie tout entière s'attend donc à une avalanche de médailles. Comme le disait récemment John Coates, «il n'y aura pas de seconde chance». Surtout que le public exprime son impatience.

Après le scandale de la billetterie qui a dégoûté de nombreux patriotes, les résultats doivent être présents. Les saisons de rugby et de football australien ont été raccourcies et avancées pour cause de JO, celle de cricket reculée. Les amateurs de sport n'entendent pas s'ennuyer au mois de septembre.