La Cour suprême du Brésil a coupé court au suspense. Elle a autorisé, jeudi, le déroulement de la Copa América de football dans ce pays où près de 480 000 personnes sont mortes de Covid-19, tout en demandant l'adoption d'un strict protocole sanitaire.

Alors que le vote était toujours en cours, une majorité de 6 des 11 magistrats de la plus haute juridiction du Brésil a rejeté les recours déposés par deux partis de gauche et un syndicat pour l'annulation de ce tournoi qui débutera finalement dimanche, avec le match d'ouverture entre le Brésil et le Venezuela, à Brasilia.

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La 47e édition du plus ancien tournoi de football au monde entre équipes nationales, dont la première édition a eu lieu en 1916, a fait face à des vents contraires et ne tenait plus qu'à un fil il y encore quelques semaines.

Les gouverneurs des Etats et les maires feront respecter le protocole

La Copa aurait dû avoir lieu à l'origine il y a un an, en Colombie et en Argentine, avant d'être reportée à cause de la pandémie. La Colombie, confrontée à une intense fronde sociale qui a fait des dizaines de morts, a d'abord invoqué le Covid-19 pour demander, en vain, un report de la compétition. L'Argentine s'est désistée à son tour il y a deux semaines, à cause de la crise sanitaire.

Pour les remplacer, la Confédération sud-américaine (Conmebol) a choisi à la surprise générale, le Brésil, deuxième pays le plus endeuillé au monde, où la situation sanitaire est bien plus préoccupante que celle de l'Argentine, avec la menace d'une troisième vague dans les prochaines semaines.

C'est pourquoi trois recours ont été déposés devant la Cour suprême pour la faire annuler, mais les juges ont estimé qu'une telle décision n'était pas de leur ressort. Ce jugement ne représente pas pour autant un blanc-seing en faveur de la Copa América. Pour la juge Carmen Lucia, c'est aux gouverneurs des Etats et aux maires «de faire respecter les protocoles pour éviter une «Copavirus», avec davantage d'infections et la circulation de nouvelles souches».

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«Le rejet des recours ne signifie pas que les autorités compétentes ne doivent pas prendre les décisions nécessaires au niveau sanitaire et de sécurité pour faire respecter les protocoles en vigueur», a déclaré pour sa part le juge Marco Aurelio Mello lors de son vote. Le maire de Rio de Janeiro, Eduardo Paes, avait annoncé la semaine dernière qu'il n'hésiterait pas à faire interdire des matches prévus dans sa ville si la situation sanitaire s'aggravait.

La décision hâtive de Bolsonaro fustigée

Le président brésilien Jair Bolsonaro, connu pour avoir minimisé la gravité de la pandémie, s’en est aussitôt félicité. «Nous espérons que ce sera 11-0», a-t-il déclaré lors de son intervention hebdomadaire sur Facebook, en référence aux 11 magistrats de la Cour suprême. «Nous massacrerons le Venezuela dimanche prochain» à l’ouverture du tournoi à Brasilia, a-t-il ajouté, sans dire s’il entend assister à la rencontre si la Conmebol l’invite.

Le juge Ricardo Lewandowski a, lui, demandé au gouvernement du président d'extrême droite de présenter un plan détaillé des mesures de prévention avant le début du tournoi. Même s'il a lui aussi estimé qu'il n'était pas du ressort de la Cour suprême d'annuler la Copa América, il a critiqué le fait que le gouvernement ait accepté de l'organiser au pied levé malgré la gravité de la situation sanitaire.

«La façon dont l'organisation de la Copa América dans notre pays a été annoncée, aussi soudainement, révèle, à première vue, que cette décision a été prise sans base scientifique, technique ou stratégique», a déploré le juge Lewandowski.

Le 31 mai, au moment d'annoncer que le Brésil serait le nouveau pays-hôte de la Copa América, la Conmebol avait remercié le président Bolsonaro pour avoir «ouvert les portes de son pays pour l'événement sportif le plus sûr au monde».

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Cette décision avait suscité une levée de boucliers au Brésil, un pays pourtant fou de football, en raison de la gravité de la situation sanitaire, avec environ 2000 morts par jour depuis deux mois.

Une fronde contre l'événement

Une manifestation contre la Copa América est prévue dimanche à Brasilia, quelques heures avant le match d'ouverture.

Plusieurs sponsors du tournoi ont aussi marqué leur mécontentement. Mastercard a décidé, mercredi, de retirer son logo de la compétition, une première depuis qu'il a commencé à la parrainer, en 1992. L'entreprise américaine honorera toutefois son contrat de sponsoring. Le brasseur brésilien Ambev, qui fait partie du géant mondial AB Invev, a pris une décision similaire, tout comme Diageo, groupe britannique de boissons alcoolisées.

Mardi soir, les joueurs de l'équipe nationale du Brésil ont fait part de leur insatisfaction, mais ont finalement écarté tout boycott. «Nous sommes contre l'organisation de la Copa América, mais nous ne dirons jamais non à la sélection brésilienne», ont-ils écrit sur les réseaux sociaux.