Longtemps, le Giro fut pour les coureurs étrangers une croisade rugueuse, dans les replis d’un patriotisme prompt à les enfermer par des coalitions à peine voilées. Qu’on évoque la «sainte alliance» contre Jacques Anquetil en 1967 face à Felice Gimondi, qu’on rappelle l’édition 1984 qui serait sans doute revenue à Laurent Fignon face à Francesco Moser, sans l’annulation au dernier moment du Stelvio. Entre autres.

Le Giro s’est depuis découvert un intérêt pour ce champion étranger venu porter loin un prestige amplifié. Ainsi les tifosi ont-ils notamment accueilli Lance Armstrong en 2009. En 2011, ils découvraient John Gadret, le Français vainqueur d’une étape et troisième de l’épreuve. En 2010, elle écarquillait toutefois les yeux devant le solo de Johann Tschopp, venu coiffer Gilberto Simoni sur la Cima Coppi, au sommet du Gavia, et s’adjuger l’étape reine, à Ponte di Legno-Tonale, sous les sifflets. Pourquoi n’avait-il pas laissé l’honneur à Simoni, l’interrogeait la presse transalpine. Pardi…

Au tempo et à l’usure

Mais autant Johann Tschopp (BMC) que John Gadret (AG2R) a fait du Giro un objectif clé. Johann Tschopp: «Le Tour est plus nerveux, ça frotte en permanence. Le Giro moins bloqué. L’Italie se court davantage au tempo et à l’usure. Et puis, au Giro, les montées, qu’on ne connaît pas forcément, apportent toujours quelque chose, comme les routes en terre. Le col du Finestre [franchi en 2011], non asphalté, a été un truc merveilleux, ça rappelle un peu l’époque où l’on courait un boyau autour de l’épaule. Les aires de départ et d’arrivée sont toujours magnifiques. Le Tour est le troisième événement sportif au monde, et il faut respecter toutes les courses. Mais, jeune, je regardais presque plus le Giro. J’ai toujours aimé les grands grimpeurs, qui s’envolaient sur les étapes de haute montagne. C’est spectaculaire. Ça me faisait davantage rêver que le gars qui écrase un peu tout, fort en chrono comme en montagne. Ça m’a peut-être aidé à avancer dans ma carrière.»

John Gadret l’affirme: «Je préfère le Tour d’Italie. Ça m’a toujours fait rêver. Ca ne s’explique pas, c’est ainsi. Mon idole était Marco Pantani. Le Tour de France est l’épreuve la plus médiatique, c’est un peu la foire. Le Giro est une super belle course. Bien sûr qu’il y a des médias, mais il faut que ça reste du sport. Le Tour, c’est trop chaud pour moi.» En Italie, seul leader, il a également les coudées franches.

Mais pas seulement. «Le Giro propose des cols hyper-durs. Il me reste toujours de très belles images des étapes de montagne et des arrivées. Je suis toujours surpris par le décor. Le Tour de France, c’est le show-business du vélo, sa vitrine. Des grands tours, le Giro est le plus spectaculaire, le plus fou. Sur le col du Finestre, j’ai pris un énorme plaisir. Ce genre de parcours fera venir du monde, et même pour les coureurs, cela sort de l’ordinaire. La mise en scène fait aussi le charme du Giro. Et puis, il y a la classe italienne. On la retrouve partout.»