Keiichi Yamanaka enrage. Alors que la vente des premiers billets pour la Coupe du monde de foot 2002 démarre ce 15 février, ce commerçant fan de ballon rond est furieux contre le Jawoc, le comité japonais d'organisation: «Depuis un an, le Jawoc nous balade. Ils ont d'abord retardé la commercialisation des billets qui aurait dû commencer en octobre. Puis ils se sont accrochés avec la FIFA sur les questions financières. Sans parler des bisbilles incessantes avec le comité d'organisation coréen (le KWOC). Ces gens-là parlent comme des hommes d'affaires. Ils donnent du Japon une mauvaise image sur la planète foot.»

Gérant d'un magasin de scooters à Tokyo, Keiichi n'a pourtant pas attendu. Ce jeudi matin, lui et son frère devaient aller poster le formulaire requis pour se porter candidat à l'achat de huit billets. 504 000 places sont mises en vente pour le public japonais, la première grande salve commerciale de cette Coupe du monde coorganisée, du 1er au 30 juin 2002, par le pays du Soleil-Levant et celui du Matin calme. Dans les deux pays, la vente domestique se déroule de la même façon. Les acheteurs japonais et coréens pourront se porter candidat dans leurs pays respectifs jusqu'au 14 mars via Internet ou par courrier. Ils seront départagés par un tirage au sort au cas où le nombre de candidats serait trop important. Pour le public étranger, un nombre similaire de places est aussi commercialisé à partir d'aujourd'hui. Les demandes peuvent être adressées via le site Internet de la FIFA (www.fifaworldcup.com). Une deuxième vente, d'environ 160 000 billets celle-là, commencera au début de l'année prochaine.

Le Jawoc, qui supervise l'événement, a préféré rester discret ces derniers jours. Et pour cause. Depuis plusieurs semaines, la préparation de la Coupe du monde au 3e étage du Shin Yurakucho building, siège du comité organisateur, s'est mise à ressembler à une foire d'empoigne. En décembre dernier, des discussions interminables ont opposé la FIFA et les responsables nippons sur la question des droits télévisés et des taxes de douane. La fédération internationale demande en effet que la compétition soit exemptée d'impôts dans les deux pays. Fin janvier, la FIFA a dû intervenir pour que les organisateurs japonais acceptent d'imprimer sur les billets vendus dans l'archipel la mention Korea-Japan, et non l'inverse. Ce qui n'était pas encore acquis à la veille des premières réservations. Les supporters des deux pays ont échangé de copieuses insultes sur Internet. L'incident diplomatique n'était pas loin.

Autre sujet délicat pour le Jawoc: l'affaire de la mascotte japonaise officielle. A peine ont-ils lancé, début janvier, cette sorte de petit chien rigolard supposé représenter un extra-terrestre que les responsables du comité d'organisation ont signé avec McDonald's Japan un contrat pour lui trouver un nom d'ici le 28 février. Chaque fast-food de l'archipel a son urne dans laquelle les clients peuvent déposer leur suggestion de patronyme. «C'est un excellent moyen de toucher les jeunes et d'assurer la promotion de la Coupe», plaide Narihite Hata, du Jawoc. A voir. Selon un sondage, une majorité de Japonais auraient préféré que les organisateurs mettent dans le coup des associations sportives ou des écoles: «La plupart de ceux qui vont voter préfèrent le baseball au football. Tout cela n'est qu'une histoire d'argent», râle Tsuyotshi, un instituteur de 31 ans, supporter des Kashima Antlers, l'une des équipes vedettes de la ligue de foot nipponne, fondée en 1993.

De l'avis général, les billets de la Coupe du monde devraient toutefois vite trouver preneurs au pays du Soleil-Levant. Beaucoup redoutent même une pénurie de places, là encore en raison de la frénésie commerciale des organisateurs, bien plus favorables aux entreprises et aux VIP qu'aux particuliers. Le Jawoc a ainsi décidé de garder en réserve 10 000 places pour la finale qui se déroulera à Yokohama, près de Tokyo, le 30 juin 2002, afin «de répondre aux attentes des personnalités et des sponsors». Résultat: seuls 10 500 billets pour les 70 000 places disponibles seront vendus à partir de demain aux particuliers nippons. Dans le pays le plus cher du monde, le prix des places pour la compétition a toutefois été fixé en dollar, en fonction d'un barème mondial unique: les billets les moins chers pour les rencontres du premier tour seront vendus 60 dollars (100 francs). Pour la finale de Yokohama, les sièges les mieux placés vaudront plus de 800 dollars.