«Je suis sorti de cette maudite bulle anticyclonique. Elle était vraiment maudite. Thomas Coville et moi sommes restés coincés trois jours dedans. Je suis même resté planté une demi-journée de plus que Thomas. Une nuit, il a eu un petit souffle qui lui a permis de démarrer et de me prendre 30 milles. Je suis le plus maudit des maudits. Ceux de devant sont repartis et ceux de derrière se rapprochent. C'est catastrophique.

C'est difficile moralement. En plus, le bateau souffre beaucoup. Il tape avec la houle et le matériel s'abîme sur le pont. Tout cela en pure perte.

L'effet psychologique est important. L'arrivée aux Sables d'Olonne s'éloigne plus qu'elle ne s'approche! Je n'ose plus trop regarder la météo.

Pour l'instant, le vent est bien établi et je remonte au près (ndlr: vent de face) vers l'anticyclone des Açores. Visiblement, Michel Desjoyeaux et Ellen McArthur vont en sortir rapidement. Ils devraient bénéficier d'un front du Sud pour aller directement vers les Sables d'Olonne. Puis l'anticyclone va se reconstituer derrière. La porte va se refermer, mais je ne sais pas pour combien de temps. Je devrais atteindre l'anticy-

clone dans cinq jours et il est trop tôt pour dire si j'arriverai à m'en dégager rapidement. Je préfère rester prudent. Chien échaudé craint l'eau froide!

Ce qui est arrivé dans le Pot-au-Noir m'a guéri de penser à l'arrivée. Je n'ai pas eu de chance et cela rend fataliste. Je ne pense pas arriver avant le 19 février. C'est-à-dire environ une semaine après Michel Desjoyeaux. Il m'a repris trois jours depuis le Pot-au-Noir (ndlr: zone de vents instables délimitant les deux hémisphères).

Mon objectif est de récupérer la cinquième place. Thomas Coville est situé un peu plus à l'est que moi. Normalement, j'ai un petit plus en vitesse. Il faut aussi éviter que Catherine Chabaud ne revienne. Elle n'arrête pas de me reprendre des milles. Et elle va passer le Pot-au-Noir comme une fleur.

Avec Thomas Coville, on s'appelle le soir pour s'encourager. On se parle de nos petits problèmes. Cela aide car tu te dis que tu n'es pas seul et ça te permet de larguer une partie du fardeau. Contrairement à Thomas, je ne pète pas les plombs, mais j'ai des moments de découragement lorsqu'il n'y a pas de vent du tout. J'éprouve alors un solide ras-le-bol. Trois jours comme ça sur un bateau de course, c'est long. Sous le soleil et dans la houle, c'est long. C'est vraiment une punition.

J'ai essayé d'appeler Bernard Stamm. Je suis tombé sur un de ses équipiers car il était occupé à manœuvrer. C'est génial ce qu'il fait. Les Suisses battent plein de records. Laurent Bourgnon détient le record des 24 heures en solitaire en multicoque, moi celui en monocoque et Bernard s'apprête à battre celui de la traversée de l'Atlantique en équipage et en monocoque.

C'est vraiment génial. Cela prouve le potentiel de ces monocoques de 60 pieds».