«C'est casse pied. Je navigue actuellement au près (ndlr: vent de face) dans du vent très fort. Le bateau tape énormément. Le café que je viens de me faire est sorti tout seul de la tasse. C'est désagréable. De toute façon, le Sud n'aura pas été fidèle à sa réputation. Nous avons eu droit à un merdier météorologique de première. Les premiers ont pu s'échapper, alors que nous nous sommes trouvés sans arrêt confrontés à des blocages: des zones de haute de pression, des centres dépressionnaires dans notre nord. Bref, une série de murs qui se sont dressés sur notre route. Cela a créé un phénomène d'accordéon, avec des écarts invraisemblables. J'ai perdu presque 500 milles sur le premier depuis une semaine. C'est monstrueux! Et le pire, c'est que quelle que soit la qualité de navigation cela revient au même. C'est très dur pour les nerfs. On sait que les autres devant ont du vent et avancent. Il en résulte un sentiment d'impuissance et d'injustice. Tu essaies de prendre sur toi, de te calmer et d'apprécier le paysage, mais ce n'est pas évident. Je n'avais encore jamais vécu cela.

Le bateau va bien, même si le matériel est très fatigué. Les voiles sont usées. Et il y a plein de petites pannes d'électronique, de pilote automatique, etc. En ce moment, au près, le bateau souffre terriblement. Moi aussi, je suis fatigué nerveusement. C'est usant de puiser dans ses réserves. Normalement, dans cette région, il y a une circulation du vent d'ouest avec des dépressions qui se suivent. Mais là, il y a un dérèglement temporaire. Les centres de dépressions se créent dans le Nord, 1000 km trop haut. Du coup on est obligé de contourner les dépressions. J'ai passé mon temps à être rattrapé par les calmes au lieu de gérer des tempêtes. Le phénomène est si inhabituel que je vois mal un tel bouleversement se produire dans l'Atlantique. Donc je ne vois pas comment les premiers pourraient perdre tout ce qu'ils ont gagné ces derniers jours.»

Le point sur la course:

Ellen McArhtur accuse un retard de 540 milles et Roland Jourdain de 663 milles sur Michel Desjoyeaux. Dominique Wavre, sixième, est à 1295 milles du leader. Calé sur l'arrière de la dépression qu'il est parvenu à accrocher, Desjoyeaux progresse vite. Il se trouve à 700 milles du Cap Horn. Derrière, le deuxième peloton souffre des conditions météo inhabituelles.