Super League

La course au maintien, un sport de combat

Malgré les renforts de l’hiver, le Lausanne-Sport est obligé de regarder vers le bas du classement. Il y est beaucoup moins habitué que Thoune. Dimanche, les deux équipes se sont neutralisées (0-0), chacune avec ses armes

Dans un 0-0, on grappille ce que l’on peut. Un peu d’espoir, un peu de temps. Un point sur Sion, battu à Bâle (1-0), pour les deux équipes. Une solidité défensive retrouvée, des deux côtés encore. Un soupçon de confiance à Thoune, qui venait d’encaisser sept buts à Sion. Un semblant de continuité à Lausanne où, après Bâle en semaine (1-1), l'équipe enchaîne avec une seconde performance collective cohérente et courageuse. Des deux côtés, on s’efforce donc de voir le verre au tiers plein plutôt qu’aux deux tiers vide.

Un début de série

Deux nuls de suite, mine de rien, c’est un début de série pour le LS. Le club vaudois ne fonctionne qu’à ça depuis le début de la saison: six matches sans victoire, puis sept matches sans défaite, puis quatre matches perdus sur cinq, puis deux victoires consécutives pour finir l’année. En 2018, les Lausannois ont enregistré quatre défaites et, avec celui de dimanche, trois nuls. Malgré le renfort de plusieurs joueurs intéressants, ils ont lentement glissé au classement et plongé leurs supporters dans une angoisse leur faisant jusqu’à oublier la terrible controverse du logo (que le sponsor propriétaire du club voulait modifier à son avantage).

Lorsque la victoire n’apparaît pas au tableau d’affichage, il faut tenter de la voir ailleurs. Dans les intentions manifestées, dans les progrès constatés, principalement. «Quand on ne prend pas de but dans les vingt premières minutes, on ne perd pas, ironisait Fabio Celestini, l’entraîneur du LS, après la rencontre. Jusqu’au penalty, j’ai vu une équipe concentrée, qui a essayé de bien jouer, compacte défensivement, avec un bon état d’esprit, qui certes se créait peu d’occasions mais qui était dans la lignée de ce que l’on a vu contre Bâle.»

Des mollets comme des ergots

Le tournant de ce match en apparence linéaire est donc un penalty, accordé à Lausanne pour une faute sur Simone Rapp, ceinturé au départ d’un coup franc par le capitaine bernois Dennis Hediger. Une occasion en or, manquée par Benjamin Kololli (49e). Loin de lancer les Vaudois, cela leur coupa les pattes. «Les joueurs ont accusé le coup, regrettait Celestini. Thoune a trouvé des ressources qu’il n’avait pas jusque-là. C’est dommage, il y avait la possibilité de prendre trois points.» Personne, toutefois, n’en voulait au malheureux Kololli. «Il faut oser tirer un penalty dans un match de cet enjeu, soulignait Simone Rapp. Il a osé et il ne l’a pas mal tiré.»

Disons que ce penalty entre dans la catégorie que le tireur ne manque pas mais que le gardien arrête tout de même. A quoi cela tient-il? D’après le gardien neuchâtelois de Thoune, Guillaume Faivre, à un peu de chance («J’ai choisi le bon côté») et beaucoup d’envie. «Je rejoue après avoir été longtemps blessé. Toute la semaine à l’entraînement et sur le terrain ce dimanche, j’ai essayé d’apporter ça: une fraîcheur mentale, des attitudes positives.»

La lutte pour le maintien est un sport de combat. Si les joueurs du Lausanne-Sport en doutaient, ils en sont désormais convaincus, depuis une visite à Thoune, où lutter contre la relégation en fin de saison semble inscrit dans le contrat qui lie les joueurs et le club. Les Bernois ne jouent pas au foot; ils se battent pour sauver leur peau et, pour beaucoup d’entre eux, leur emploi. Ils sont emmenés par Dennis Hediger, un capitaine aux allures de chef de gang, une boule de muscles et de nerfs avec des mollets comme des ergots, qui jouerait dans bien peu de clubs mais qui est ici indispensable.

Le stage accéléré d’Enzo Zidane

Thoune est habitué à ce genre de matches, ce qui est un handicap en début de partie (leur jeu est fruste et leur potentiel offensif assez maigre) mais qui devient progressivement une force. Comme s’il y avait une fatalité à ce que le visiteur finisse par céder. Plus le temps passe et plus Thoune joue vite devant, presse haut dans le camp adverse, et fait faute tôt à la perte du ballon. Le mérite de Lausanne aura été d’y résister, grâce notamment à quelques parades déterminantes du gardien Thomas Castella (dont une double face à Dejan Sorgic, 71e).

Pour espérer plus, il aurait fallu transformer le penalty ou, avant cela, se créer des occasions franches. Lausanne eut longtemps la possession mais il y a une différence entre tenir la balle et en faire quelque chose. C’est particulièrement flagrant dans le cas d’une équipe joueuse mais en manque de confiance. On préfère la passe en retrait à la passe latérale et même cette dernière (pourtant proscrite par Celestini) à la diagonale. Le ballon arrive toujours un peu derrière le joueur, qui se retrouve souvent dos au jeu. Thoune n’eut qu’à presser le porteur du ballon pour l’obliger à redonner derrière.

Titularisé derrière l’attaquant de pointe (Simone Rapp), Enzo Zidane vécut une sorte de baptême du feu. Le jeune milieu offensif français a la vision du jeu, le sens de la passe et le souci du collectif pour devenir le créateur de brèche qui manque au LS. Il lui manque encore la dureté physique et le poids dans les duels pour imposer sa technique. Pour lui aussi, tenir à Thoune aura été une petite victoire.

Publicité