A l'instar des 20 km de Lausanne, qui devraient accueillir quelque 14000 coureurs ce samedi, les grandes compétitions pédestres sont un phénomène fondamentalement urbain. C'est en ville que l'on aime se retrouver en masse: derrière le prétexte de l'effort sportif se cache un phénomène de société intimement lié au développement des mégapoles. Carnavals, Lake Parade, Gay Pride et courses pédestres répondent à ce même besoin de loisirs citadins. En Suisse, seules deux courses de montagne parviennent à réunir plus de 5000 personnes: le Marathon alpin de Davos et celui de la Jungfrau. Sierre-Zinal rassemble moins de 2500 coureurs, et le nombre de participants est en baisse (-15% l'année dernière).

• La participation explose

Les grandes courses pédestres ont du succès avant tout parce qu'elles sont attachées à une ville: Genève, Berne, Paris, Londres, Berlin, New York... On a compté jusqu'à 60000 coureurs à San Francisco! Et la participation aux 20 km de Lausanne a presque quadruplé en moins de dix ans. Le coût de la manifestation a augmenté en conséquence, pour atteindre environ 750000 francs, mais le budget est resté stable (12000 francs seulement), rendant la collaboration des bénévoles de plus en plus indispensable.

Pourtant, les compétitions les plus courues ne sont pas forcément les plus belles ni les plus originales, loin s'en faut. A l'attrait tapageur du Marathon de New York, il est possible d'opposer les charmes insoupçonnés d'une quantité de petites épreuves. Le calendrier 2006 réserve ainsi quelques bonnes surprises aux amateurs de course à pied. Dans le canton de Zurich, par exemple, on court un marathon le premier jour de l'an. On traverse aussi le lac de Greifen à pied (les participants surpris en train de nager au lieu de courir dans l'eau sont disqualifiés). Zoug propose une épreuve pédestre dans la neige (Snowshoe Trophy), tandis que le Val-de-Travers organise chaque année un marathon nocturne (Midnight Marathon) - si possible un soir de pleine lune. Enfin, la première ascension d'un sommet à reculons aura lieu cet été à Stans, dans le canton de Nidwald (1400 m).

• Les courses humanitairesAux Suisses romands, on doit les seules compétitions œnologiques du pays, comme le Marathon du Vignoble, à Sion, où quelques crus sont servis en guise de ravitaillement, ou la Coupe du Vignoble, épreuve par étapes disputée dans le canton de Neuchâtel. Les Romands sont également très portés sur la défense des grandes causes humanitaires, avec les Foulées de la solidarité à Peseux, destinées à récolter des fonds pour le déminage, et Courir pour aider à Meinier, près de Genève, qui en est déjà à sa 22e édition. De plus, un «marchethon» sera organisé cet automne dans quatre villes romandes: Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Saint-Léonard et Fribourg. L'opération devrait permettre de récolter quelques dizaines de milliers de francs pour la recherche contre la mucoviscidose. Les Suisses romands ont même inventé une version VTT, le «cyclothon». Les boulimiques du kilométrage ne sont pas en reste, puisque le plus long trail d'Europe, le «Swiss Jura Trail», relie Bâle à Genève en sept jours, pour un total de 323 km.

Les courses de montagne, dont la saison débute en juin, sont évidemment une grande spécialité helvétique. Plutôt que Sierre-Zinal, au charme peut-être un peu trop classique, on préférera le «Semi-marathon de l'Enfer», soit 2175 mètres de grimpette jusqu'au sommet bernois du Schilthorn (2970m). Ou Neirivue-Le Moléson, en Gruyère. Le jambon chaud servi au pied de la montagne vaut bien quelques détours. Les Suisses ont l'art des courses en montée présentant un dénivelé important. Le Trophée des Combins, les Plans-sur-Bex/Cabane Plan Névé, Ovronnaz-Cabane Rambert, Fully-Sorniot, affichent toutes des pentes avoisinant les 10%. Dans ce festival de raidillons, difficile de ne pas remarquer la Course internationale du Cervin, qui mériterait un plus grand succès populaire.

• Le potentiel du walkingMais c'est du côté des compétitions de walking, ou marche nordique, que l'on observe le plus fort potentiel de développement. En 2005, le «Swiss Walking Event», à Soleure, a enregistré une hausse de la participation de plus 50% par rapport à l'année précédente... Le «Walking Day», qui aura lieu à Morges le 21 mai, devrait donc être un succès - tout comme le «Nordic Walking Jura Mountain Challenge», qui se disputera début juin au col de la Barillette. Avec ou sans bâtons, le walking constitue indubitablement la dernière tendance à la mode. Tout comme les 20 km de Lausanne, beaucoup d'épreuves helvétiques l'ont introduit dans leurs catégories.

• Les femmes en nombreLes compétitions pédestres réservées aux femmes affichent également une progression supérieure à la moyenne (+12,5% en 2005 pour la Course féminine suisse, organisée au mois de juin à Berne). Partout les participantes affluent: elles sont 5000 à Paris, 10000 à Berlin, 12000 à Berne, 20000 à Stockholm, 25000 à Londres, 30000 à Dublin et 32000 à Oslo.

A l'étranger, on retrouve les mêmes recettes à succès, mais aussi quelques spécialités nationales, comme les épreuves gastronomiques en France: Ronde des Foies Gras (Gascogne), Course des Vins (Gironde), Route des Grands Crus (Bourgogne), course des Coteaux du Lyonnais, ou encore le célèbre Marathon du Médoc, jalonné de dégustations des meilleurs crus de la région - plus d'une vingtaine en tout. La réputation du Pontet-Canet, servi vers le 25e kilomètre, est telle que certains ne participent au Marathon du Médoc que pour déguster ce vin. Chaque année, 8000 demandes d'inscription ne peuvent être satisfaites, faute de capacités d'accueil. En France toujours, les Foulées du Gois, organisées en Vendée, se disputent à marée montante (le niveau de l'eau se charge de motiver les participants). L'épreuve est surnommée «le Paris-Roubaix aquatique»...

• L'endurance extrêmeC'est également vers l'étranger qu'il faut se tourner pour trouver les courses d'endurance extrême les plus démesurées. Les organisateurs choisissent des lieux toujours plus exotiques, comme la forêt amazonienne du Brésil pour le Marathon de la Jungle, ou l'île de Java pour les Volcans de l'Extrême (les coureurs doivent traverser quatre volcans encore en activité). La mode est ici à la surenchère kilométrique. Le Grand Raid de l'île de la Réunion présente 130 km de terrain accidenté pour 16000 m de dénivelé. Il fait 200 blessés chaque année, sur quelque 2000 inscrits, dont un quart abandonnera. Le «Badwater Ultramarathon» se court sur 220 km dans la vallée de la Mort, en plein mois de juillet. Le record de l'impossible revient au «Run Across America»: 6000 km entre Los Angeles et New York. Ils ne sont qu'une quarantaine au départ, et une dizaine à l'arrivée.