Comme le circuit de Monaco peut faire rêver, enfant, un futur pilote de Formule 1, la Kuonisbärgli d'Adelboden est une course qui fascine les skieurs. Ceux, du moins, qui brillent dans les disciplines techniques. Le Finlandais Kalle Palander, vainqueur du slalom géant de samedi, a prouvé cette année qu'il compte parmi les meilleurs de cette catégorie. Alta Badia et Adelboden sont les deux géants les plus difficiles de la saison. Il les a remportés et apparaît désormais en tête du classement Coupe du monde de la discipline.

«Gagner ici était un de mes rêves, confirme Kalle Palander. J'y ai vu tant de grands champions triompher… Je me souviens qu'un jour, alors que je regardais la course à la télévision, mon père m'a dit que, moi aussi, je pourrais être un grand skieur. J'avais 13 ans. Et imaginer faire partie de cette élite du ski alpin, en Finlande, était tout sauf évident.»

S'imposer, samedi, dans l'Oberland bernois n'allait pas de soi non plus. La concurrence, pour le Finlandais, s'annonçait féroce. Comme une scène finale de Western où les protagonistes s'affrontent du regard en caressant la crosse de leur revolver, Adelboden devait être le lieu d'une lutte décisive entre les quatre hommes encore capables de s'imposer à la tête du classement général de la Coupe du monde. Benjamin Raich et Bode Miller, fins techniciens, pouvaient profiter du week-end (un géant samedi et un spécial dimanche) pour creuser l'écart sur Hermann Maier et Stephan Eberharter, à l'aise dans la première discipline uniquement. La météo et le talent du Finlandais ont bouleversé ces plans.

Une tempête qui crachait pluie et neige sur Adelboden s'est installée dès le samedi matin. Cette couche supplémentaire a eu l'effet d'une savonnette sur la piste. Quatorze coureurs furent éliminés en première manche et six en seconde, dont Bode Miller. L'annonce de cette élimination a d'ailleurs crispé Kalle Palander, qui avait remporté la première manche. «J'ai essayé de faire une course prudente, pour assurer la victoire, mais c'est précisément ce qui m'a fait déraper, raconte le Finlandais. J'avais pourtant une grande confiance en moi. Au contraire de beaucoup, j'aime skier sur les pistes molles.» Cette aptitude se traduira par une avance de 74 dixièmes sur l'Italien Massimiliano Blardone et de plus d'une seconde sur l'Autrichien Christoph Gruber. Hermann Maier a terminé 8e, Stephan Eberharter 21e. Une grosse faute en début de second parcours a relégué Benjamin Raich à la 24e et dernière place.

Pour la première fois depuis 1971, aucun Suisse n'est parvenu à se classer parmi les dix premiers géantistes à Adelboden. «C'est une course à oublier très vite», dira Didier Cuche, 17e. Le Neuchâtelois avouera avoir eu beaucoup de mal à trouver ses appuis sur cette piste. Didier Défago, lui, s'est dit «relativement satisfait» de son 16e rang qui fait de lui le meilleur Helvète. Bruno Kernen, Tobias Grünenfelder, Daniel Albrecht et Marco Casanova sont sortis en première manche et Ambrosi Hoffmann ne s'est pas qualifié pour la seconde.

Pour les Suisses, le sursaut né dans les disciplines de vitesse n'a donc pas ricoché sur les épreuves techniques, comme l'a prouvé le slalom de dimanche. Pour ses premiers virages sur la Kuonisbärgli, la pente de spécial la plus difficile du monde selon les connaisseurs, Silvan Zurbriggen, crispé, n'a pas terminé la seconde manche. Urs Imboden, 14e, est le seul Suisse classé.

Pour Benjamin Raich et Bode Miller, le week-end a tout de même été bénéfique. Ils se sont classés 3e et 2e du slalom, remporté par l'Autrichien Rainer Schoenfelder. Fou de joie, ce dernier a fêté sa première victoire de la saison avec une danse qui empruntait son déhanchement à la lambada. Malgré la pluie et le vent, les gradins, comme toujours à Adelboden, étaient remplis. Grâce à ce résultat, Benjamin Raich passe en tête du classement de la Coupe du monde 31 points devant Hermann Maier. Bode Miller dépasse Lasse Kjus (blessé, le Norvégien ne skiera plus cette saison) et compte 29 points de retard sur Stephan Eberharter. Les écarts, dans ce carré de tête, se sont resserrés. Il y a fort longtemps que le sprint final pour la conquête du globe de cristal n'avait été aussi intéressant.