Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L’Argentin Juan Martin del Potro faisait mardi matin l’ouverture sur le court numéro 6.
© Julian Finney/Getty Images

Tennis

Court N°6, la partie immergée de Roland-Garros

Un grand joueur, Juan Martín del Potro, sur un petit court: une aubaine à ne pas rater, un peu comme une rock star dans une petite salle de concert. Ambiance du bord de scène

Pour son grand retour à Roland-Garros après une absence de cinq ans due à des blessures à répétition, l’Argentin Juan Martin del Potro faisait mardi matin l’ouverture sur le court numéro 6. Il y fut conduit par un officiel de l’ATP mais dans son cas, cette précaution n’était pas que protocolaire. «Ça a beaucoup changé ici; partout où je vais je me perds», avoue-t-il d’une voix grave et lente.

Son talent et son charisme méritaient sans doute un plus grand stade mais après tout tant mieux: suivre «Delpo» sur un court annexe, c’est comme assister au concert d’un grand groupe de rock dans une petite salle. Banco donc pour le 6, à mi-chemin entre le Central et le Suzanne-Lenglen. Les deux tribunes latérales d’une dizaine de rangées chacune sont prises d’assaut pour ce duel 100% argentin, puisque del Potro affronte son compatriote Guido Pella, finaliste début mai à Munich.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la taille de Juan Martin del Potro. Ramenée dans le contexte ordinaire d’un court qui pourrait être celui de votre tennis-club, son envergure prend toute sa démesure. La «Tour de Tandil», 1,98 m, n’usurpe pas son surnom. Le filet (1,07 m) lui arrive à l’aine. Ses balles giclent bien au-dessus du grillage. Trois foulées et il est au filet, deux pas de côté et il couvre son couloir. Un monstre.

Au son de la cloche

La seconde chose qui surprend, c’est le bruit. Pas juste celui du public voisin, comme sur le court N° 5 situé sous le Central, ni celui des voitures, comme c’est le cas en bordure du site (courts 2 et 3). Le N° 6 est situé dans la zone technique de Roland-Garros, alors on entend le va-et-vient dans les toilettes, les roulettes des poubelles, les cloches des véhicules électriques qui écartent la foule. Ce cadre informel semble faire croire au public qu’il peut parler durant les échanges. Lorsque cela devient trop gênant, del Potro, d’un regard mi-las mi-insistant, éteint l’importun.

C’est pratiquement sa seule interaction avec l’extérieur. Ce joueur, connu pour être l’un des plus émotifs et charismatiques du circuit, se marmonne quelques reproches lorsqu’il manque un revers (son point faible depuis ses opérations au poignet), mais, globalement, se tait. C’est la meilleure façon d’oublier qu’il joue contre un ami («Ce n’est pas facile, on a gagné la Coupe Davis ensemble il y a quelques mois») et aussi un moyen de s’économiser. Blessé au dos, il a failli déclarer forfait, alors il mesure son souffle et ses efforts.

Juan Martin del Potro est un albatros des courts, qui ne déploie ses ailes que par instants. Son amplitude compense la lenteur de sa mise en action. Mais l’œil va vite, le bras va vite. Le score aussi, du coup: 6-2 en 40 minutes, 6-1 une demi-heure plus tard. Le test est probant, le retour gagnant. Dans la tribune de presse où a pris place un groupe d’Argentins dissipés, l’œil de José Luis Clerc fait autorité. «Espectacular!» lance l’ancien alter ego de Guillermo Vilas sur un énième coup droit «monumental» de del Potro.

«Tactiquement, c’est nul!»

Numéro 4 mondial en 1981, Clerc, chemise à rayures mauve, chaussettes, ceinture et cravate assorties, est moins élogieux envers Guido Pella. «Il ne fait que renvoyer la balle au lieu de profiter de son bras gauche pour s’ouvrir des angles. Tactiquement, c’est nul!» «Il a insisté sur mon revers mais j’ai bien résisté, dira del Potro. J’ai été mené deux fois 0-30 sur mon service et c’est à peu près tout.»

A 4-4 dans le troisième set, Pella cède une dernière fois devant la puissance et l’application de son adversaire, qui conclut 6-4 sur un treizième ace. Alors seulement son visage s’éclaire. Un abrazo à Pella, suivi d’une poussette taquine dans le dos; un signe de croix, quelques facéties avec le public. Le court N° 6 se lève, non pour se vider mais pour se presser au bord du terrain. Avant de plonger dans ce bain de foule, «Delpo» adresse un regard à son préparateur physique. Il était assis derrière nous, nous ne l’avions pas remarqué. Il ne l’a pas cherché du match. Il se débrouille seul. «Tout le monde voudrait que j’aie un entraîneur mais je me sens bien comme ça.»

On arrose rapidement le court tandis que dans le players lounge, Marcos Baghdatis et Nicolas Almagro sont à leur tour appelés pour se diriger vers le N° 6, dans la partie immergée du tournoi de Roland-Garros.


Wawrinka et Murray évitent le piège

Pour son entrée dans le tournoi, Stan Wawrinka s’est qualifié sans trop de problèmes aux dépens du qualifié slovaque Jozek Kovalik (6-2, 7-6, 6-3). Face à un adversaire qui arborait une tête de mort sur son bandeau, le Vaudois s’est tout de même fait une frayeur dans la deuxième manche où, poussé au tie-break, il sauva trois balles de set consécutives avant de renverser la situation. «Il fallait remettre la machine en route, ce qui est toujours un peu délicat. Je suis donc satisfait», assurait Wawrinka, qui affrontera le fantasque – et dangereux – Ukrainien Alexander Dolgopolov au deuxième tour.

Andy Murray a lui concédé un set au Russe Andrei Kuznetsov (6-4, 4-6, 6-2, 6-0) mais peut également estimer son tournoi lancé sur de bonnes bases. Ce n’est pas le cas de l’Allemand Alexander Zverev, sorti par l’Espagnol Fernando Verdasco (6-4, 3-6, 6-4, 6-2) dans un match interrompu la veille par l’obscurité. Zverev n’a jamais retrouvé la lumière. «J’ai fait de la m…» résuma-t-il de manière explicite. (L. Fe.)

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL