Tennis

Sur le court et en dehors, Stan Wawrinka revient fort

Vainqueur tranquille de son premier match mardi au Masters 1000 de Madrid, le Vaudois fait surtout parler de lui pour sa prise de position vindicative dans une affaire qui secoue les coulisses de son sport et divise les joueurs

Ni index pointé sur la tempe, ni «come on!» adressé à lui-même, ni signe d’agacement. C’est dans le plus grand calme et en toute sérénité que Stan Wawrinka a franchi mardi le premier obstacle sur sa route au Masters 1000 de Madrid, le Français Pierre-Hugues Herbert, dont il a disposé en deux sets brefs (6-2 6-3).

Ces derniers jours, il est aussi devenu l’une des principales voix de l’affaire Justin Gimelstob, du nom d’un représentant des joueurs poussé à la démission après une condamnation pour agression, qui secoue les structures dirigeantes du tennis masculin et divise les joueurs. Mais le Vaudois a montré, dans un stade Arantxa Sanchez honnêtement garni, sa capacité absolue à faire la part des choses. Taper (fort) du poing sur la table ne l’empêche pas de taper (bien) dans la petite balle jaune.

Sur le papier, le match ne paraissait pas gagné d’avance, face à un spécialiste du double qui a décidé de mettre l’accent sur le simple cette année, avec déjà un certain succès, comme l’illustre sa récente victoire contre Kei Nishikori (ATP 7) à Monte-Carlo. Sur la terre battue madrilène, le suspense n’a pas duré longtemps.

Coups droits terribles

Stan Wawrinka a pris le service de son adversaire dès le deuxième jeu et n’a ensuite concédé aucune balle de break. Tout en maîtrise, il est monté en puissance en étoffant sa palette à mesure que la rencontre avançait. Coups droits terribles, revers intelligents, passings injouables pour un Pierre-Hugues Herbert qui avait décidé de souvent monter au filet, il a donné l’impression de se mettre en place pour les matchs à venir. «Il y a encore de grandes victoires qui m’attendent», a-t-il confirmé après la douche.

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Après une opération au genou en 2017 suivie d’une année de galère, le Vaudois occupait encore le 263e rang du classement ATP en juin 2018. Il mène depuis l’opération reconquête. Il figurait dans le top 100 à l’automne, dans le top 50 fin février après sa finale (perdue contre Gaël Monfils) au tournoi de Rotterdam, et considère aujourd’hui – au 34e rang – que ce n’est pas fini. «Pour être plus relâché, plus en confiance, ce qu’il me faut maintenant, c’est enchaîner les matchs.» Le prochain est programmé ce mercredi déjà contre l’Argentin Guido Pella.

Que le tennis en soit prévenu, Stan Wawrinka revient fort. C’est vrai sur le court, et peut-être encore plus en dehors.

Lettre ouverte

Fin avril, l’ancien numéro 3 mondial s’est fait l’auteur d’une prise de position radicale demandant via son compte Twitter la démission de Justin Gimelstob, l’un des trois représentants des joueurs au sein du comité directeur de l’ATP. Cet Américain avait quelques jours auparavant été condamné dans une affaire d’agression très violente (une cinquantaine de coups portés à une victime au sol).

L’homme a finalement abandonné son mandat le 1er mai, mais Stan Wawrinka n’en est pas resté là et a publié dans le quotidien britannique The Times une lettre ouverte dénonçant «un inquiétant déclin des principes moraux» dans le tennis et une «tempête politique» le laissant «inquiet de la direction que prend actuellement» son sport. «Nous sommes dans une situation où le silence s’apparente à de la complicité», écrivait-il pour dénoncer ceux qui sont restés muets ou qui, ces derniers mois, ont frayé avec Justin Gimelstob en connaissant la tourmente judiciaire dans laquelle il était plongé.

L'éviction de Chris Kermode remise en question

Dans le petit monde des structures dirigeantes du tennis, l’homme n’était pas le premier venu. En mars dernier, il avait joué un rôle déterminant dans la non-reconduction du contrat du patron de l’ATP Chris Kermode. Ce «putsch» orchestré par les représentants des joueurs au sein du Board de l’instance, de mèche avec le Conseil des joueurs présidé par Novak Djokovic, a été loin de faire l’unanimité sur le circuit. Sur le moment, Roger Federer et Rafael Nadal ont fait savoir leur surprise de ne pas avoir été consultés au préalable.

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Dans ce contexte, la lettre ouverte de Stan Wawrinka résonne aussi comme un appel à revenir sur cette éviction. «C’est mon opinion depuis le début. Et quand on voit les joueurs qui commencent à y réfléchir, je me dis que ça pourrait arriver. Ou pas… Mais oui, j’y crois.» A Madrid, Juan Martin Del Potro a notamment affirmé qu’il serait ravi qu’à la lumière des événements récents, la situation de Chris Kermode soit reconsidérée.

Pas de programme politique

Novak Djokovic lui-même n’a pas exclu cette hypothèse, lundi en conférence de presse. «Il a le droit d’être candidat pour un nouveau mandat. Pourquoi pas? Nous avons besoin d’autant de bons candidats que possible pour le bien de notre sport.» Mais il a aussi dit que, sur ce genre de sujets, pour ses confrères tennismen qui ne font pas partie du Conseil des joueurs et qui ne savent donc pas tout ce qu’il s’y dit, «la bonne approche n’est pas de parler publiquement sans avoir toutes les informations nécessaires». «Je ne veux pointer personne du doigt», a-t-il précisé. Mais Stan Wawrinka avait de quoi se sentir visé.

Lundi, les deux hommes ont partagé une session d’entraînement et ils se sont expliqués. «Tout est en ordre», a rapporté le Vaudois. N’y avait-il donc pas derrière la publication de sa lettre ouverte, au-delà des querelles du moment, une volonté se (re)positionner comme un acteur du tennis «politique»? «The Times m’a contacté après mon tweet pour me proposer une tribune. J’ai accepté car c’était une opportunité de communiquer ma façon de voir les choses, ce que j’ai essayé de faire tout au long de ma carrière. Mais j’ai dit tout ce que j’avais à dire. Les éventuels changements à apporter aux structures de l’ATP doivent se discuter à l’interne.» Le Conseil des joueurs? Il en a déjà fait partie. Et «ne sai[t] pas» s’il a envie de le réintégrer.

Quoi qu’il advienne désormais, à voir le sourire en coin qu’il affiche en évoquant l’affaire, mettre un coup de pied dans la fourmilière et regarder tout le monde s’agiter ne fut à l’évidence pas pour lui déplaire, car il pensait que c’était la bonne chose à faire. Comme sur le court: dans le plus grand calme et en toute sérénité.

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