Il s’en est fallu de quelques jours. Si, au lieu d’attraper le Covid-19 en octobre, j’avais attendu la fin novembre, c’est-à-dire moins de trois mois avant mon départ pour Cortina d’Ampezzo, j’aurais esquivé une bonne partie du protocole de précaution sanitaire mis en place par les organisateurs des Championnats du monde de ski alpin. Mais dans un sport où les médailles se jouent parfois au centième de seconde près, quelques jours sont une éternité et j’ai eu droit au menu complet, des antipasti aux dolci.

J’écris ce texte depuis le centre de presse, auquel on accède après un passage dans une cabine de désinfection intégrale qui fait figure de dernière formalité sanitaire à remplir avant de se mettre au boulot. A deux minutes à pied se situe la zone d’arrivée de Rumerlo où, bientôt, débouleront les participantes au super-G féminin, première épreuve de l’événement après les reports du combiné dames et du super-G hommes à des jours météorologiquement meilleurs. Rien ne peut plus m’empêcher d’y être. Quant à savoir si j’y serai demain, c’est une autre histoire. Mais commençons par le début.

Le doublé de tests PCR

Pour sauver ses compétitions au temps de la pandémie, le ski alpin s’est recroquevillé dans sa boule à neige (version hivernale de la fameuse «bulle») en contrôlant soigneusement que celui qui y entre n’y amène pas le démon à couronne. L’accès aux épreuves de Coupe du monde est strict depuis le début de la saison. Celui aux Championnats du monde l’est d’autant plus que tous les athlètes sont là, femmes, hommes, techniciens, spécialistes de vitesse – et, avec eux, leurs staffs et nombre d’officiels. Il y a aussi plus de représentants des médias, même s’ils sont moins nombreux que lors d’une édition classique.

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Pour en être, il a fallu s’organiser. Avant même de prendre la (longue) route de Cortina d’Ampezzo, j’ai dû passer deux tests PCR. Le premier huit à dix jours avant le départ, le second 72 heures au plus tard avant d’arriver sur place. Ils se sont bien heureusement révélés négatifs. J’avoue que je ne me faisais pas trop de soucis: mon passif covidien associé à une pratique assidue du télétravail et à des contacts sociaux pour le moins limités ces derniers temps m’a laissé aborder les frottis nasaux avec la sérénité de Marco Odermatt dans le portillon de départ. (Même si j’avoue avoir un peu blêmi lorsqu’on m’a demandé si j’avais «l’habitude de saigner» lors du test…)

En sus de présenter ces résultats favorables, j’ai dû remplir différents questionnaires de santé et de déplacements lors des quatorze jours précédant mon voyage et les remettre aux organisateurs, de même que l’adresse de mon hôtel pour mon séjour.

Un boîtier de traçage comme réveil

En arrivant dans les Dolomites, les consignes étaient claires: avant le check-in, il fallait passer par l’un des deux centres de dépistage spécialement montés pour l’événement, en l’occurrence à Fiames, cinq kilomètres au nord de la ville. Pour un nouveau test, «rapide» celui-ci, à défaut d’être plus agréable que les autres. «On ne s’y habitue jamais», m’a glissé la préposée au prélèvement en souriant – si, si, j’en suis sûr – sous son masque.

Dernière étape avant de poser ses valises: le passage au centre d’accréditation, où il s’agit encore de signer un document engageant à respecter toutes les consignes et où l’on me remet un petit boîtier de géolocalisation muni d’un câble pour le recharger. «En arrivant au centre de presse ou dans la zone d’arrivée de la course, tu dois l’allumer et si tu te retrouves à moins d’un mètre d’une autre personne, il sonnera et vibrera pour te dire de t’éloigner.»

(Ce n’est pas encore arrivé. Sauf cette nuit, quand le machin et moi dormions dans ma chambre, éteints l’un comme l’autre. Je ne sais pas encore si ce dispositif sera efficace dans la lutte contre le virus mais je peux déjà vous dire qu’il fonctionne parfaitement comme réveil.)

L’apéro est reporté

Toutes ces formalités remplies, il n’y eut plus qu’à se faire à la vie à Cortina d’Ampezzo, qui n’est pas très différente de celle à Yverdon-les-Bains par les temps qui courent. En ville, la plupart des enseignes restent portes closes même si bars et restaurants ont depuis quelques jours reçu l’autorisation d’ouvrir en journée, jusqu’à 18 heures. Assorti d’un couvre-feu à 22 heures, que les nombreux carabinieri patrouillant dans la station font respecter strictement, le contexte se prête peu au déroulement de l’épreuve favorite des journalistes en reportage au ski: l’apéro de fin de journée (avec modération bien sûr).

Au moins, les courses peuvent avoir lieu, et nous sommes autorisés à y assister, contrairement aux fans qui ne viendront pas garnir les tribunes installées dans la zone d’arrivée de Rumerlo. Après leur passage sur la neige, les athlètes défileront comme d’habitude en zone mixte, et nous autres journalistes nous presserons pour capter leurs réactions à chaud. Ça risque de sonner et de vibrer dans les poches.

Et puis, demain, il sera déjà temps d’aller passer un nouveau test de dépistage. Il en sera ainsi tous les trois jours, jusqu’au moment de quitter Cortina d’Ampezzo.