Dans son match face au coronavirus, le monde du sport a d’abord pensé qu’il allait avoir le choix. Celui de continuer sa marche en avant, quitte à se passer de public, ou de repousser ses échéances, voire d’annuler certaines compétitions – mais toujours parce qu’il en aurait décidé ainsi. Et puis ces deux derniers jours, de nombreuses fédérations, ligues et équipes ont compris que leur marge de manœuvre avait disparu. Il fallait dire stop. Pas le choix.

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En Suisse, l’état de nécessité proclamé mercredi au Tessin et la décision du canton de Genève d’interdire tout rassemblement de plus de 100 personnes ont contraint les instances du hockey sur glace suisse à renoncer aux play-off de National League, ainsi qu’à toutes les compétitions encore en cours.

Les responsables des clubs avaient fini par se faire à l’idée de séries disputées à huis clos, histoire d’honorer les contrats de diffusion télévisée, mais les décisions politiques cantonales ont rendu le projet caduc. Ils doivent encore se mettre d’accord sur différentes modalités (faut-il sacrer un champion? Quid des promotions-relégations?) mais il est désormais clair que la saison de hockey est terminée.

Crise internationale

Difficile d’imaginer désormais qu’il puisse en aller autrement pour les championnats de football. Les clubs professionnels de la Swiss Football League ont rendez-vous lundi et pourraient eux aussi siffler la fin de la saison. Dans le milieu amateur, toutes les associations cantonales n’ont pas adopté la même position. A Genève ou à Fribourg, les matchs sont maintenus dans l’attente de nouvelles indications du Conseil fédéral ce vendredi. Dans le canton de Vaud, toutes les rencontres (officielles comme amicales) sont d’ores et déjà annulées. Si l’état de nécessité «à la tessinoise» est étendu à toute la Suisse, la question ne se posera plus.

Sur la scène internationale, c’est la contamination de plusieurs joueurs qui a contraint différentes organisations à prendre des décisions radicales. Aux Etats-Unis, le Français Rudy Gobert (Utah Jazz) a été testé positif au coronavirus et c’est toute la prestigieuse NBA qui s’est mise en mode pause. En Espagne, un joueur de la section basketball du Real Madrid a été infecté et les joueurs de son équipe ainsi que les footballeurs de l’entraîneur Zinédine Zidane se sont retrouvés en quarantaine, poussant dans la foulée la Liga à suspendre son déroulement.

En Australie, l’écurie McLaren s’est retirée du premier Grand Prix de formule 1 de la saison parce qu’un de ses collaborateurs a contracté le Covid-19. En Italie, le joueur de la Juventus Daniele Rugani a lui aussi été touché (même s’il demeure «asymptomatique» selon le club) et tous ceux qui l’ont côtoyé sont en isolement, tandis que l’Inter Milan a arrêté toutes ses activités. Le championnat de Serie A était de toute façon déjà interrompu, mais quid de la participation de ces équipes aux différentes compétitions européennes?

L’UEFA temporise

Dans ce contexte extrêmement tendu, où les instances naviguent à vue et en ordre dispersé, l’UEFA ne s’est pas montrée très proactive. Au lendemain d’une soirée de Ligue des champions qui a démontré la difficulté de faire respecter un huis clos strict, des milliers de fans du PSG ayant suivi la rencontre face à Dortmund aux abords du stade, l’instance a simplement communiqué le report des prochains matchs européens de la Juve et du Real, ainsi que la tenue, le mardi 17 mars, de discussions pour évoquer ses différentes compétitions et, de manière générale, la réponse que le monde du football peut apporter à la situation.

Aujourd’hui, même les grands événements de l’été semblent menacés. Ce jeudi, l’UEFA communiquait sur les trois mois jour pour jour qu’il reste à patienter avant l’Euro 2020, et le CIO allumait la flamme olympique en vue des JO de Tokyo, comme si tout allait se dérouler comme prévu. Le monde du sport a pourtant appris, en quelques jours, à ne plus jurer de rien.