Ils étaient 7000 supporters réunis à la PostFinance Arena, lundi soir, pour fêter le quinzième titre de champion de Suisse de hockey sur glace du CP Berne. Une affluence qui aurait été étonnamment basse, dans une patinoire qui peut contenir plus de 17 000 spectateurs, si… le match s’y était déroulé. C’est à Zoug que les Ours jouaient ce soir-là. Dans leur tanière, le club avait dressé un écran géant pour que les fans puissent suivre le sixième acte de la finale du Championnat de Ligue nationale A. Score final: 1-5. 4-2 dans la série. Un sacre parfaitement logique, à savourer comme une anomalie au regard de l’histoire récente.

Avec un chiffre d’affaires d’environ 60 millions de francs, le CP Berne dispose de la plus importante envergure financière du pays, il est encouragé par le public le plus fourni de Suisse (et même d’Europe) et il était champion en titre. Une sorte de FC Bâle qui aurait troqué les chaussures à crampons pour des patins à glace. L’ériger en favori absolu année après année relèverait de l’évidence dans la plupart des sports et des championnats. Et pourtant, en début de saison, beaucoup d’observateurs l’oubliaient de leur tableau de pronostics.

La raison: depuis le passage à l’an 2000, quatre équipes se sont partagé tous les titres de champion sans exception mais aucune n’est parvenue à conserver sa place sur le trône depuis Zurich lors des saisons 1999-2000 et 2000-2001. «Après Davos en 2015 et Berne en 2016, la loi des séries du hockey suisse veut que le titre revienne au Hallenstadion (de Zurich) cette saison», écrivait l’ancien joueur devenu journaliste Cyrill Pasche dans Le Matin en septembre dernier. Ses deux collègues de la rubrique hockey plaçaient leur bille sur le même cheval zurichois.

Dépression typique

Chacun craignait que – malgré sa puissance financière, la qualité de ses infrastructures et le talent de son groupe – le CP Berne ne résisterait pas au blues du champion. Il y avait des précédents: c’est dans la capitale qu’ont été observées les manifestations les plus aiguës de cette dépression typique du hockey suisse. En 2005, les Ours défendaient leur sacre en ne terminant que huitième de la saison régulière (puis échouaient en demi-finale des play-off). En 2014, ils devenaient les premiers champions en titre à ne pas se qualifier pour les séries depuis leur introduction en 1986.

Rien de tout cela cette année. Berne a dominé la saison régulière avec les meilleures statistiques en défense et la deuxième attaque du championnat, puis tracé sa route calmement en play-off. En quarts, 4-1 contre Bienne. En demi, 4-1 contre Lugano. En finale, 4-2 contre Zoug. Le parcours d’une machine à gagner. Sans l’ombre d’un doute ni d’une baisse de motivation. «Le CP Berne a joué toute la saison comme s’il n’avait rien remporté depuis dix ans, salue Der Bund. C’est une leçon psychologique.» Le quotidien bernois ne se prive pas de désigner le professeur qui l’a donnée, cette leçon: l’entraîneur Kari Jalonen.

Autorité et soin du détail

Lars Leuenberger avait beau avoir mené l’équipe au titre il y a une saison, il avait été remplacé par ce Finlandais de 57 ans, passé par la NHL comme joueur. L’homme est taiseux; l’entraîneur est brillant. Surtout, il peaufine ses plans jusque dans les moindres détails. A en désarçonner ses adversaires, et même parfois ses joueurs. «Ce n’était pas toujours simple pour eux parce que je prône un système et que je suis inflexible», a-t-il avoué une fois le titre en poche. Mais sa recette a fait mouche, applaudit le Bund: «Ses compétences incontestables et son autorité ont empêché ses joueurs de souffrir du blues du champion.» Jusqu’alors, il s’agissait du mal du siècle dans le monde du hockey suisse.