Après six mois d'empoignades et d'intox, Nicolas Anelka sera ce jeudi, sauf ultime faux rebond, la deuxième star la plus chère au monde après Christian Vieri, transféré cet été de la Lazio de Rome à l'Inter de Milan pour 76 millions de francs suisses. L'attaquant français, 20 ans, touchera 500 000 francs suisses nets par mois dans son nouveau club, le Real de Madrid. Son transfert rapportera 55 millions de francs suisses à Arsenal, son ancien club londonien. L'analyse de Jean-Paul Louis Minquet, professeur à l'Ecole supérieure de commerce de Paris, auteur du livre La gestion du sport, théorie et pratique (éd. City & York).

– Comment analysez-vous l'inflation des transferts?

Jean-Paul Louis Minquet: Ce marché n'est pas homogène, mais dual. On a d'un côté, un «marché de demandes», qui touche les champions d'excellence, sur lequel l'ajustement passe par le prix, eu égard à la rareté de l'offre et à sa rigidité à court terme. D'où l'«inflation», concentrée sur un nombre restreint de joueurs, mais qui fait la une des journaux. D'un autre côté, on a un «marché d'offres», sur des sportifs homogènes et facilement substituables. La variable d'ajustement en est la quantité, avec risque de chômage à la clé.

La recherche des «stars» oblige les clubs à augmenter les investissements et à se diversifier afin de réduire au mieux le coût moyen unitaire. Ou à développer les centres de formation, en sélectionnant des talents, en minimisant le coût du recrutement, pour se créer des plus-values potentielles à venir. Dans les deux cas, les clubs doivent augmenter leur autofinancement.

– Ces transferts concernent-ils tous les clubs?

– Non, on observe une concentration de l'offre et de la demande sur les mêmes centres, les mêmes clubs et les mêmes joueurs. C'est ce que j'appelle le «noyau dur»: un cercle où l'on retrouve toujours les mêmes dans les différentes compétitions. Normal: la notoriété d'un centre de formation, d'un entraîneur et d'un club sont autant de facteurs qui, pour l'acheteur, réduisent le risque de l'investissement. Et qui, pour le joueur, augmentent sa valeur.

– Ces «investissements» sont-ils «payants»?

– Globalement, oui. Il y a une très forte corrélation entre le budget des clubs et leur classement final. Je crains que le financement actuel du sport ne tue l'incertitude sportive. Cette année, on sait déjà que le championnat français sera réduit à 6 clubs: Bordeaux, Lyon, Marseille, Rennes, Monaco et PSG. La vraie incertitude sportive est européenne, quand Manchester joue contre le Bayern. Mais, en mai, le plus riche des deux l'a emporté…

– Quelles tendances retenez-vous dans l'évolution récente?

– La durée des contrats s'allonge. L'investissement sportif s'analyse comme l'achat d'une option d'achat, un «call»: l'acheteur espère une rentabilité, mais il n'a pas de certitude. Plus la durée d'exercice est longue, plus son investissement pourra être rentable.

– La concentration et l'inflation vont-elles durer?

– On est peut-être au sommet d'une bulle financière. Si on regarde la sphère «réelle» il y a une hausse des recettes de billetterie en Europe de 19 à 20% par an. Hors droits TV et sponsoring, ce rythme est sans commune mesure avec la hausse des transferts et des salaires. Les transferts ont jusqu'à présent permis aux clubs d'équilibrer les comptes. Sans eux, ces comptes qu'on dit sains seraient négatifs. Les clubs sont donc dépendants des acheteurs.

Propos recueillis par Stanislas Noyer, «Libération»