A vos agendas, le jubilé est confirmé: Crans-Montana accueillera les Championnats du monde de ski alpin en février 2027, exactement 40 ans après avoir été le théâtre à ciel ouvert du plus grand exploit collectif du sport national. En 1987, Pirmin Zurbriggen, Maria Walliser, Erika Hess et les autres décrochaient un total impressionnant de quatorze médailles, dont huit d'or sur les dix distribuées. Marco Odermatt (qui aura 29 ans à ce moment-là) et consorts feront-ils aussi bien? Ils auront en tout cas l'occasion d'essayer.

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Au premier soir du 53e congrès de la Fédération internationale de ski (FIS), qui se déroule jusqu'à jeudi à Milan, les seize membres du Conseil et les deux représentants des athlètes ont préféré la candidature de la station valaisanne à celles de Garmisch-Partenkirchen (Allemagne), Narvik (Norvège) et Soldeu (Andorre).

Pour la Suisse du ski alpin, c'est un immense soulagement. La conclusion d'un plan qui s'est finalement déroulé sans accroc. Les promoteurs du projet avaient fait acte de candidature pour l'édition 2025 en intégrant les règles tacites du jeu: boudée pour l’édition 2023 au profit de Courchevel-Mériblel (France), la ville autrichienne de Saalbach-Hinterglemm avait en quelque sorte la priorité. Ensuite, pensait-on, viendrait tout naturellement le tour de Crans-Montana. L’année du jubilé. Comme par hasard, ou pas.

A l’approche du vote, publiquement, les acteurs de la candidature valaisanne affichaient encore confiance et sérénité. Une façade. En coulisses, personne ne se risquait plus au moindre pronostic. Comme si les règles du jeu avaient changé. C'est un peu le cas. Élu en juin 2021 à la présidence de la FIS grâce à une aura d’entrepreneur et à la promesse de faire bouger les choses, le Suédois Johan Eliasch n’a que faire des vieilles pratiques. Et certains s’inquiétaient que le dirigeant puisse mettre son influence au service de la candidature de Soldeu. La Fédération andoranne de ski ne l'avait-elle pas soutenu lors de sa campagne, notamment face à Urs Lehmann, président de Swiss-Ski?

La nervosité envolée

A moins que le lobbying discret de Garmisch-Partenkirchen n'ait fini par payer? Ou que le projet de Narvik, avec ses pistes plongeant sur un fjord dans un décor extraordinaire, ne crée la surprise? Au pied de l'Allianz Tower, ce mercredi à Milan, des responsables norvégiens y croyaient, vantant notamment l'excellente tenue de leurs Mondiaux sur le plan de la durabilité.

Vice-directeur de la candidature de Crans-Montana, Hugo Steinegger ne cherchait pas à dissimuler sa nervosité. «Bien sûr, nous avons fait nos petits calculs, lançait-il. Si tous ceux qui nous ont promis leur vote tiennent parole, ça va passer…» Mais à ce compte-là, oui, Urs Lehmann serait président de la FIS, l'homme s'en rappelle bien. Il n'avait d'autre choix que d'attendre pour être fixé.

Toutes les craintes se sont envolées dans la discrétion du 47e étage de l'édifice qui abrite également les bureux de l'organisation des Jeux olympiques 2026. Crans-Montana aura ses Championnats du monde. Articulés autour d'un budget compris entre 60 et 80 millions de francs, ils fonctionneront comme un catalyseur de différents projets dans la station du Haut-Plateau. Le stade d'arrivée sera par exemple totalement rénové pour pouvoir accueillir 20 000 spectateurs dans sa configuration maximale, et différents types d'événements par la suite.

«La nervosité avait fini par me gagner»

Quelques minutes après le verdict, trois hommes s'extraient des portes vitrées, les bras levés comme s'ils venaient de franchir la ligne d'arrivée avec huit dixièmes d'avance sur la concurrence. Leur victoire se chiffre en réalité en voix. Pas mal de voix, au final. Crans-Montana a triomphé dès le premier tour avec onze suffrages. Narvik et Soldeu en ont obtenu trois, Garmisch-Partenkirchen une seule. Urs Lehmann ne se dit pas si surpris que cela. «En fin de semaine dernière, je sentais la nervosité monter autour de moi, elle a fini par me gagner. Alors, samedi, j'ai pris mon téléphone et j'ai appelé tout le monde. Le soir, j'étais convaincu que nous allions l'emporter.»

Daniel Bollinger, responsable des Championnats du monde au sein de Swiss-Ski, n'en était pas serein pour autant. «Même quand on m'a informé qu'une candidature était passée dès le premier tour, je me suis dit que ça devait être la nôtre… Mais j'avais des doutes. Ça a été une année intense, avec beaucoup de discussions à mener et de démarches administratives à entreprendre. Mais maintenant, on sait que ça en valait la peine.»

En 2027, la Suisse accueillera les Championnats du monde de ski alpin pour la dixième fois. La précédente, à Saint-Moritz, ne remonte qu'à 2017. «Dix ans d'écart: cela correspond à notre stratégie d'accueillir régulièrement l'événement», commente Daniel Bollinger. «Le rythme ne sera peut-être pas facile à suivre à l'avenir, avec l'émergence de nations comme Andorre ou la Norvège qui ne postulaient jusqu'ici pas à l'organisation des Mondiaux, enchaîne Urs Lehmann. Mais nous avons un plan ambitieux qui porte jusqu'en 2037. Les grandes compétitions permettent d'écrire une histoire, de stimuler la relève et bien sûr de générer des retombées économiques. Globalement, elles sont estimées à 350 millions de francs pour Crans-Montana 2027.»

Turbulences sur le Haut-Plateau

Hasard de l'actualité, la station du Haut-Plateau a obtenu ses Championnats du monde à l'heure où la société CMA SA, qui gère ses remontées mécaniques, traverse de turbulences. Les six personnes de son département marketing et événementiel ont été licenciées, tandis qu'une «opération dégraissage» est en cours dans la dizaine d'entreprises que possède son propriétaire, le Tchèque Radovan Vitek, dans la région, selon des infortmations du «Temps». L'homme d'affaires serait même susceptible de vendre la société des remontées mécaniques, que ce soit aux trois communes de Crans-Montana, Icogne et Lens ou à un autre acteur.

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Swiss-Ski a connaissance de cette situation. Le président Urs Lehmann ne s'en inquiète pas trop. «Ce que je sais, c'est que nous aurons besoin en 2027 de remontées mécaniques qui fonctionnent parfaitement, 24/7, sans mauvaise surprise. Mais on trouve toujours des solutions. Nous avons assez de temps devant nous pour apaiser les choses.»

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Alors que la candidature a été portée en premier lieu par le comité d'organisation local, la fédération va désormais être en première ligne de la mise en oeuvre. Il y aura des embauches (jusqu'à une dizaine de postes) et des chantiers. Et en février 2027, tout le travail s'effacera pour laisser la piste libre aux performances des athlètes. Urs Lehmann conclut: «J'ai bon espoir que cet événement motive les jeunes à donner le meilleur d'eux-mêmes pour être de la fête. Et aussi qu'il donne une bonne raison aux plus expérimentés de poursuivre leur carrière encore quelques années…»