Personne ne l'a relevé aussi sèchement, mais, à travers l'élection de Londres pour organiser les Jeux d'été 2012 (LT du 7.07.2005), les deux hommes forts du Comité international olympique (CIO) ont subi une défaite cinglante. En premier lieu, l'ancien patron de l'Olympe, Juan Antonio Samaranch, désormais président d'honneur à vie de l'institution.

Le marquis catalan militait ouvertement en faveur de Madrid, pour «offrir les Jeux à son roi» avant de quitter ce monde. Echec et mat: la capitale espagnole a dit au revoir (provisoirement?) à son rêve au troisième tour du scrutin.

Une partie importante

Jamais, au cours de son long règne de vingt et un ans, Samaranch n'avait enregistré un revers politique. Il avait réussi à faire passer tout ce qu'il voulait auprès de la session plénière, y compris les réformes drastiques suite à la grave affaire de corruption qui entacha la candidature de Salt Lake City 2002. Le voici soudain relégué au rang des perdants. Ensuite, son successeur belge Jacques Rogge, lequel appuyait en sourdine le dossier de Paris. Là encore, auto – goal: exit la France au dernier tour battu de quatre petites voix (54 à 50) par les roublards anglais.

Si Samaranch peut tranquillement méditer sur sa perte d'influence, Rogge, lui, joue une nouvelle partie importante ce vendredi à Singapour, via la révision globale par le congrès du programme des 28 sports olympiques d'été.

Il y a près de trois ans à Mexico, Rogge avait tenté une sorte de putsch, en proposant de radier trois disciplines jugées peu médiatisées ou non rentables: le baseball, le softball (baseball féminin) et le pentathlon moderne. Hors de question, rétorquèrent les membres du CIO, avant que des critères d'évaluation – 33 ont été édictés depuis – soient définis afin d'établir un questionnaire d'évaluation examiné par les 28 fédérations concernées.

Préserver l'équilibre

Chose faite. L'objet revient donc sur le tapis aujourd'hui, sans que le rapport final ne contienne la moindre recommandation concernant la disparition ou l'admission d'un sport. Prudence, prudence…

Cela signifie que, sauf surprise de taille, l'édifice ne vacillera pas à l'issue du vote de ce jour. D'autant que le patron de l'Association des fédérations internationales de sports olympiques d'été (Asoif), le Suisse Denis Oswald, a déclaré fermement: «Nous allons mettre en exergue l'attrait, le succès financier, populaire et médiatique du programme actuel des JO estivaux. Le CIO doit éviter de briser cet équilibre. De surcroît, les disciplines candidates (ndlr: golf, karaté, squash, rollerskate et rugby à sept) n'ont rien de convaincant.»

Et l'avocat neuchâtelois d'asséner: «L'Asoif pèsera de tout son poids pour qu'aucune modification n'intervienne maintenant. Après, nous verrons s'il est possible d'introduire d'autres sports, en réduisant le volume global des épreuves inscrites.»

En clair, Jacques Rogge s'y prend mal dans sa volonté d'élaguer et de moderniser le menu olympique. On attend de lui qu'il émette une suggestion concrète (par exemple, remplacer le taekwondo par le karaté, art martial qui draine davantage d'adeptes). A ce moment, l'Asoif et les autres membres du CIO pourraient entrer en matière. Tel n'étant pas le cas, on s'achemine gentiment vers le statu quo.