Le Temps: La Chuenisbärgli est réputée difficile. Vous intimide-t-elle? Justin Murisier: Non. Je me suis entraîné dessus il y a une semaine, et j’éprouvais de bonnes sensations. C’est une piste que j’aime parce qu’elle est raide et souvent glacée. Je sais que je peux être rapide sur ce type de pente et c’est bon pour la confiance. – Il fait chaud à Adelboden. Craignez-vous l’état de la neige? – Oui. La piste risque d’être moins glacée et plus facile à skier. Nous, les challengers, comptons toujours un peu sur les éliminations pour entrer dans les trente meilleurs, or il risque d’y en avoir moins. De plus, la piste risque de se creuser au fil de la course, ce qui fait que les hauts dossards ne bénéficieront pas des meilleures conditions. – On dit que petit, vous aimiez descendre tout schuss. Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans les disciplines techniques? – J’aime toujours aller tout droit. La spécialisation est venue naturellement. Comme je n’étais pas très bon en slalom, c’est quelque chose que j’ai beaucoup entraîné étant petit. Ensuite, c’est devenu ma meilleure discipline, celle qui me permettait de sortir un peu du lot. J’avais un peu plus de peine en géant ces dernières années, mais je commence à progresser. J’aimerais aussi beaucoup prendre le départ de Super G et de descentes à l’avenir. Ça ne fait pas rêver tous mes collègues, mais j’aimerais bien faire les gros sauts comme celui de Kitzbühl. Je rêve de devenir comme Zurbriggen ou Albrecht qui savent tout faire. – N’est-ce pas difficile de se spécialiser dans des disciplines qui sont considérées comme les points faibles des Suisses? – Au contraire, j’ai envie de montrer que nous pouvons être forts également en technique. Samedi, nous serons sept Suisses au départ, ce n’est pas mal. Et je trouve que pour l’instant nous avons signé de bons résultats en slalom. Mais nous pouvons faire encore mieux faire. Silvan Zurbriggen et Marc Gini peuvent monter sur le podium et moins, je dois pouvoir me classer dans les 20. – On dit que vous êtes une tronche. Faut-il faire preuve de caractère pour percer à ce niveau? – Il faut beaucoup de choses pour réussir, mais le caractère est très important. Si tu n’as pas l’envie d’y arriver et si tu es toujours content de toi, ça ne peut pas marcher. – Comment vivez-vous les remous qui secouent la direction de Swiss-ski? – Je ne comprends pas tout ce qui s’est passé. J’avais un très bon contact avec Martin Rufener et je trouve dommage qu’il ne soit plus avec nous l’année prochaine. J’espère que Swiss-ski pensera à nous et choisira un homme bien, en qui on puisse avoir confiance. – Quels sont vos buts pour cette saison? – Je ne m’en suis pas vraiment fixé. C’est difficile car je participe à la fois à la Coupe du monde et à la Coupe d’Europe. Ce n’est donc pas évident de viser un classement général. Je prends les choses course après course et comme je ne fais pas des mauvaises performances en slalom en Coupe du monde, j’essaie d’améliorer ce classement-là. – Vous vous êtes formé en Valais où Pirmin Zurbriggen a pris en charge l’encadrement des jeunes. Comment s’est passée votre formation? – L’encadrement était bon. Ski-valais m’a pris en charge depuis tout petit, quand je skiais encore en club. Je pense que les dirigeants ont estimé que j’avais des prédispositions. J’ai souvent été intégré à des groupes plus âgés et cela m’a fait beaucoup progresser. Pirmin Zurbriggen a mis sur pied un centre de formation et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment franchi un palier. Ski-valais mise beaucoup sur la filière sports-études, mais je suis la preuve qu’on peut très bien y arriver en empruntant un autre chemin. Je n’aimais pas l’école, j’ai donc suivi un apprentissage de bûcheron. – Silvan Zurbriggen était parti se perfectionner en Autriche dans sa jeunesse. Est-ce toujours utile de partir à l’étranger? – Certains disent que nous sommes en retard sur les Autrichiens mais à la vue de nos résultats, je ne suis pas d’accord. Nous sommes sur la bonne voie. Samedi, nous sommes deux jeunes nés en 90 et en 92 au départ. La relève est là, cela veut donc dire que les structures sont bonnes.