Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Australia's captain Steve Smith (R) cuts a delivery away as Pakistan wicketkkeper Mohammad Rizwan (L) looks one during their one-day international (ODI) cricket match played at the MCG in Melbourne on 15 January, 2017. / AFP PHOTO / WILLIAM WEST /...

Reportage

Du cricket à Melbourne, en attendant Federer

L’Open d’Australie de tennis débute lundi. Mais dimanche était encore le temps du cricket, le «national pastime»

S’il est établi que certains peuples sont doués pour l’art ou la gastronomie, il apparaît très vite, sitôt débarqué à Melbourne, que les Australiens sont faits pour le sport. La pratique ludique, organisée et compétitive d’une activité physique est ici omniprésente. Elle ne semble pas relever d’une conduite hygiéniste ni répondre à des fins éducatives; elle est un art de vivre.

Il y a partout des stades, des pistes, des terrains, des plans d’eau, en plus des innombrables fitness dont les Australiens sont de gros consommateurs. Les nombreux parcs publics alignent les courts de tennis, les pelouses synthétiques de soccer et bien sûr les «ovals», ces terrains presque ronds où l’on joue alternativement aux deux jeux les plus populaires ici: l’Australian rules l’hiver et le cricket l’été.

Le charme opère

Le cricket. Malédiction estivale des passionnés de football en séjour linguistique en Angleterre. Un sport d’ordinaire trop lent, trop abscons, trop anglais. Mais là, allez savoir, mystère des antipodes, le charme opère. Il n’y a pas encore de tennis à la Rod Laver Arena alors que juste à côté, par-dessus la voie ferrée, l’Australie reçoit le Pakistan au Melbourne Cricket Ground (MCG), le plus grand stade de cricket du monde.

La rencontre – la deuxième d’une série de cinq test-matchs dans tout le pays – commence à 14h20 mais rien ne presse. A 14h30, les spectateurs marchent tranquillement vers l’imposante corolle de béton, traînant la tong en plongeant la main dans une boîte de pilons de poulet frit. Les supporters pakistanais semblent plus pressés: leur équipe n’a plus gagné en Australie depuis douze ans. «Je vis ici depuis quatre ans et c’est la première fois que j’ai pris un billet pour aller voir un match», nous avait expliqué deux jours plus tôt un chauffeur de taxi déjà au comble de l’excitation.

Dans le stade, un choc visuel

Sur le parvis, des marchands ambulants proposent des écouteurs pour suivre le match à la radio ou des peintures aux couleurs (vert et jaune pour l’Australie, vert et blanc pour le Pakistan) des deux camps. Les spectateurs sans billet passent au guichet: 30 dollars australiens (23 francs suisses) pour s’asseoir où l’on veut, sauf dans la tribune réservée aux membres du Melbourne Cricket Club, fondé en 1838.

Dans le stade, la première impression est un choc visuel. Wimbledon en beaucoup plus grand. Sous la pénombre des gradins, le gazon parfaitement tondu est baigné d’une lumière aveuglante. Le terrain est immense, le stade encore plus (100 000 places). Le terrain est presque vide avec ses 13 joueurs (2 batteurs australiens, 11 lanceurs et chasseurs pakistanais), le stade l’est presque autant. Il doit pourtant y avoir 30 000 spectateurs.

Foule vibrante et colorée

Loin de l’atmosphère guindée que l’on supposait, la foule est vibrante, colorée; elle fait «la ola», sauf la tribune du Melbourne Cricket Club. Le ticket unique permet un plaisir disparu: changer plusieurs fois de place durant le match. L’occasion de constater qu’il y a de tout. Mais vraiment de tout: des fans hardcore portant le maillot officiel, des pères et leurs enfants en pèlerinage initiatique, des grands-mères venues avec la boîte en métal de scones faits maison, des déguisés, des hipsters, des ventripotents, des rougeauds. Côté pakistanais, les jeunes occidentalisés côtoient des femmes en sari et foulard, et des hommes en turban ou portant le pakol, le béret popularisé par le commandant Massoud.

Certains regardent, d’autres discutent ou téléphonent. Le cricket est à l’Australie ce qu’est le baseball aux Etats-Unis: le «national pastime». Dans l’expression, le «passe-temps» est aussi important que le «national». Tout cela est très bon enfant, sans trop grande excitation ni sans même beaucoup d’application. On s’absente, on revient. Il y a quelque chose de l’ordre du Tour de France: on est là à attendre qu’il se passe un truc, qui vient ou qui ne vient pas, que l’on rate parfois, mais cette nonchalance participe à la magie du moment.

Deux manches de trois heures

Le jeu? Difficile pour le non-initié de s’y retrouver. Il s’avère rapidement que les joueurs sont de vrais athlètes, puissants, souples, agiles, capables de lancer la balle à plus de 130 km/h. Les subtilités tactiques échappent à notre compréhension du moment. Plusieurs bonnes âmes s’y essayent mais les règles du cricket sont comme un bon Earl Grey: il faut le temps que ça infuse. Le match se joue pourtant en format ODI (pour «One Day International»), c’est-à-dire la version tie-break du cricket. Alors que certaines parties peuvent durer cinq jours, l’ODI se limite à deux manches de trois heures environ chacune. L’équipe qui batte essaye de faire le plus de points possible avant l’élimination de son dixième «batsman». On échange alors les rôles.

Peu avant 18h, l’Australie est «out» avec un total de 220 points à défendre. Les fans pakistanais exultent. Quatre heures plus tard, à la lumière des projecteurs, leur équipe fera mieux: 221 points. La carte de score exacte précise: «Par 6 guichets avec 14 balles restantes», histoire d’être sûr que l’on est encore loin d’avoir tout compris. Mais on a déjà un peu aimé, c’est l’essentiel.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL