Alors que Renault s'est encore imposé hier, au Grand Prix d'Australie, grâce à son champion Fernando Alonso, et que l'écurie McLaren-Mercedes refait surface avec son Finlandais volant Kimi Raikkonen, l'équipe Ferrari a quitté Melbourne avec dans ses bagages trois monoplaces en morceaux et le moral en miettes. Au terme du troisième Grand Prix de la saison, la Scuderia n'apparaît en effet qu'à la troisième place au classement du championnat du monde des constructeurs.

Elle y pointe derrière l'équipe Renault, déjà détachée, et la formation McLaren-Mercedes qui a pris l'avantage à Melbourne et s'installe en véritable adversaire de l'écurie française championne du monde. Malgré la présence dans ses rangs du redoutable Michael Schumacher, Ferrari est désormais sous la menace de Honda, même si les Japonais ne peuvent compter pour l'instant que sur l'Anglais Jenson Button, suite aux problèmes d'adaptation du Brésilien Rubens Barrichello. En ce début de saison, les Ferrari n'ont fait illusion que lors de la première épreuve, au Bahreïn, sur une piste où la Scuderia s'était déplacée en force durant l'hiver pour y procéder à une longue séance d'essais. Ce travail en amont avait permis aux rouges de masquer une partie de leurs problèmes en arrivant parfaitement préparé pour la première course mais avec un certain nombre de doutes concernant la fiabilité de leur machine et surtout le réel niveau de performance par rapport à la concurrence. En effet les Italiens ont, comme d'habitude, passé l'essentiel de leur hiver loin de leurs principaux adversaires.

Dès la première confrontation dans le désert de Bahreïn, les rouges se sont pourtant montrés incandescents, monopolisant même la première ligne avec Schumacher et la nouvelle recrue Felipe Massa. Après une saison 2005 calamiteuse, à cause d'une voiture inadaptée sur le plan aérodynamique aux nouveaux règlements et une difficulté chronique à tenir la distance avec un seul train de pneumatiques, Ferrari s'est concentrée sur la saison 2006 avec l'ambition d'oublier très vite ses déboires du passé.

La première bonne nouvelle est venue de la Fédération internationale de l'automobile quand celle-ci a remis au goût du jour les changements de pneumatiques en course.

Et il y a des signes qui ne trompent pas sur la motivation d'une équipe. Michael Schumacher a ainsi interrompu ses sacro-saintes vacances d'hiver pour tester lui-même la nouvelle monoplace de Maranello. Il l'a immédiatement trouvée à son goût. Mais histoire de mettre la pression sur ses troupes, il a également souligné que l'éventuelle prolongation de son contrat avec l'équipe italienne ne pourrait se faire que s'il était sûr que tout le monde marchait dans le même sens. Schumacher a exigé une voiture pour gagner histoire de ne pas anticiper son départ à la retraite. A 37 ans, Michael Schumacher n'a en effet aucune raison de supporter une deuxième saison de misère, avec l'obligation de prendre des risques énormes pour quelques points par-ci ou un podium par là. Pour une fois l'Allemand s'est même reconnu quelques torts jugeant qu'il n'avait peut-être pas fait tout ce qu'il fallait l'année dernière pour mériter mieux sur la piste. Alors ce stakhanoviste de la condition physique a redoublé d'effort pour entamer la saison dans une forme éblouissante. De fait, à Bahreïn, le septuple champion du monde affichait une condition physique de jeune homme et surtout un moral au zénith. Son attaque en piste a très vite démontré qu'il faudrait à nouveau compter sur lui cette saison et peut-être jusqu'en 2008, comme le laissait entendre son manager Willi Weber, certain de voir son poulain (et sa principale source de revenus) prolonger la fête pendant deux saisons encore.

Oui mais voilà, le Grand Prix de Bahreïn n'était peut-être qu'un feu de paille pour ne pas encore parler de chant du cygne. En Malaisie, Michael Schumacher s'est battu comme un beau diable pour ne récolter qu'une modeste sixième place. En Australie, sur une piste refroidie par l'automne austral, il a complètement raté sa qualification. Et le spectre du problème récurrent de la Ferrari est revenu hanter le stand italien. Et si la monoplace de Maranello était incapable de chauffer ses gommes, ce qui la rend très difficile à contrôler en début de qualification et lors des premiers tours de course? Il y a peut-être plus grave encore. La fragilité des V8 Ferrari est patente (cinq moteurs Ferrari ont vomi leurs pistons depuis le début de la saison) alors que la fiabilité a été pendant plus de cinq ans la grande force des motoristes de la Scuderia.

En Australie, Ferrari a également dû faire une discrète marche arrière au niveau aérodynamique. La concurrence, toujours aux aguets, avait signalé un aileron avant un peu trop flexible à son goût. Les techniciens de la Scuderia en ont changé en affirmant que le précédent était toutefois parfaitement conforme, mais pas assez efficace.

Mais si la scuderia Ferrari continue à connaître des problèmes de pneus auxquels s'ajoutent des soucis de fiabilité et un équilibre mécanique général qui ne lui permet pas d'appliquer ses stratégies à sa guise, l'avenir immédiat s'annonce difficile.

La direction technique des rouges annonce toutefois des changements radicaux dans tous ces domaines d'ici au prochain Grand Prix qui se déroulera à domicile, sur le circuit Enzo et Dino Ferrari d'Imola (22-23 avril).

Compte tenu du niveau de la concurrence, l'équipe Ferrari n'a plus de temps à perdre. D'autant que la patience de Michael Schumacher a des limites. Avec sept titres au compteur et plus de quatre-vingts succès à son actif, l'Allemand ne supportera plus longtemps de se faire doubler en course en force mais à la régulière par une Toro Rosso (une ex-Minardi) et de se prendre des murs à plus de 200 km/h parce qu'il n'a pas pu contrôler une machine par trop rétive.

Et si, en plus de devoir composer avec une monoplace pas assez compétitive, la scuderia Ferrari voit partir son champion allemand, alors elle pourrait sombrer dans l'anonymat du peloton.