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La colère des supporters de l’OM contre la présidente du club. «Margarita Louis Dreyfus tu as détruit nos rêves, Vincent Labrune tu as vendu notre passion» peut-on lire sur leurs banderoles.
© BERTRAND LANGLOIS

Football 

En crise, l'OM vaut peu cher

Margarita Louis-Dreyfus a officialisé son intention de céder le club que son ancien époux avait racheté en 1996. Si la marque OM reste forte, le club marseillais se retrouve sur le marché au plus mauvais moment

Deux femmes sont propriétaires d’un grand club de football européen. Deux Suissesses. Deux héritières. Bientôt, il n’en restera plus qu’une, Katharina Liebherr, fille de Markus, industriel gruérien décédé en 2010, à la tête des Saints de Southampton. L’autre, Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert Louis-Dreyfus, financier français installé à Zurich où il mourut en 2009, s’apprête à lâcher l’Olympique de Marseille.

C’est officiel depuis jeudi 14 avril: la propriétaire, dite «Margarita», dite «MLD», veut vendre l’OM. Plus que les récents quolibets du public du Stade Vélodrome, lassé de voir l’équipe accumuler les matchs nuls et s’enfoncer au classement, c’est sans doute le besoin de se défaire de la partie la plus encombrante de l’héritage Louis-Dreyfus qui motive une décision unanimement accueillie avec soulagement.

L’OM, c’était la danseuse de Robert. Il fallait le voir à l’été 1996, sur les hauteurs de la ville, heureux comme un gosse, présentant sa nouvelle acquisition. Jusqu’à la fin, il refusa de vendre et, après sa mort, Margarita respecta sa mémoire en lui succédant, avec une certaine distance et beaucoup plus de rigueur, à la présidence. Elle a tenu sept ans, fêtant un titre national et trois victoires en Coupe de la Ligue quand son défunt mari, qui aurait englouti 200 millions dans l’aventure, ne gagna en tout et pour tout que dix mois de prison avec sursis pour des transferts irréguliers.

Margarita Louis-Dreyfus, désormais remariée à Philipp Hildebrand et mère de deux jumelles, a décidé de tourner la page. L’OM vivra sa vie tumultueuse avec un autre. Le prix de vente a été fixé à 100 millions d’euros mais «elle vendra à 50», raconte un proche du club. Dans son communiqué, «MLD» affirme qu’elle n’en fait pas une histoire d’argent. «Le club ne vaut pas la somme demandée, estime Emmanuel Bayle, professeur en gestion du sport à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL). «Avec ses supporters ingérables, son potentiel économique relativement faible et son stade beau mais difficilement exploitable, l’OM n’est pas très attractif. D’autant que les résultats sportifs sont mauvais et que la revente de joueurs ne devrait pas rapporter beaucoup. La mise en vente survient au plus mauvais moment.»

Professeur de marketing à la Kedge Business school de Marseille, Jean-Philippe Danglade a consacré son mémoire de doctorat à la marque OM, qu’il distingue fondamentalement du club. «La marque reste attractive. Le cabinet anglais spécialisé Brand Finance l’estime à 114 millions d’euros. L’OM, c’est le seul club français vainqueur de la Ligue des champions, un bassin de supporters comme nul autre en France, les plus fortes affluences en déplacement, 400 000 maillots vendus par an, quelques grands sponsors étrangers. Mais avec ce club, tout peut être pris à charge ou à décharge; la passion peut devenir envahissante, le public est très populaire, ce qui interdit des tarifs élevés.»

Histoire de rhabiller un peu la mariée, le président délégué Vincent Labrune a réussi à remettre la main sur la gestion des abonnements derrière les buts, que les associations de supporters géraient elles-mêmes depuis l’ère Tapie. Une manière à l’époque d’acheter la paix sociale dans le stade. Aujourd’hui, même les Winners, les Yankees ou autres Dodgers ont compris que le temps du particularisme local avait vécu. C’est presque la seule victoire d’une saison où, en un été, l’OM a tout perdu. Ses meilleurs joueurs, André-Pierre Gignac, Dimitri Payet, Gianneli Imbula, André Ayew. Ses chances d’accéder à la Ligue des champions. Et surtout son guide.

Parti au soir du premier match de la saison pour des raisons aujourd’hui encore obscures, l’entraîneur argentin Marcelo Bielsa avait fait naître un formidable espoir. La ville vibrait à nouveau pour cette équipe qui, fidèle à sa devise, allait «droit au but» et ne ménageait pas ses efforts. Il ne reste aujourd’hui qu’un effectif déséquilibré et trop jeune, livré à lui-même par une direction qui erre comme un poulet sans tête. Le mois dernier, Bilal Boutobba, plus jeune joueur à avoir débuté en Ligue 1 à l’OM, refusait de signer son premier contrat pro avec son club formateur. «Ici, il n’y a pas de projet sportif», justifia-t-il.

«Le club est à vendre "en l’état"», résume Jean-Philippe Danglade. Ses meilleurs joueurs, comme le gardien Steve Mandanda ou le milieu de terrain Lassana Diarra, vont partir pour des sommes très modestes. Le naming du stade, attendu depuis plusieurs années, n’est toujours pas finalisé. L’OM a peu d’actifs, il ne possède que le centre de formation et d’entraînement de la Commanderie et loue le Stade Vélodrome 4 millions d’euros par saison.

En 2008, Marseille avait rejeté une offre de 200 millions en provenance de Dubaï. Sur la Canebière, où l’on s’est consolé toutes ces années en raillant le «Qatar Saint-Germain», les supporters rêvent d’une solution locale et alternative à la mode espagnole: le rachat du club par des «socios», une multitude de supporters-petits actionnaires. «Ce serait juridiquement possible, observe Emmanuel Bayle, toutefois le problème n’est pas d’acheter le club mais d’investir par la suite pour l’amener vers les sommets. A Paris, les Qataris n’ont payé que 75 millions pour racheter le PSG. Ils ont investi depuis près de 500 millions d’euros.»

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