Néo-dicton populaire: la crise, c’est un truc inventé par les riches pour faire payer les pauvres. Donc ça ne concerne qu’une immense majorité de gens, au sein de laquelle on trouve les intermittents du football, misérables parmi les démunis. «On sent les effets de la crise», nous souffla cette semaine un agent de joueurs, qu’on appelait pour savoir s’il n’avait pas un central norvégien ou un ailier gabonais sous la main, du bon et du pas cher, à revendre assez vite avec forte plus-value. En fin de conversation, quand on lui demandait où il irait se dorer la pilule après avoir trimé tout un mercato, le businessman du ballon eut, sic, cette réponse formidable: «Comme tout le monde, une semaine à Dubai ou Marrakech.»

Foutue crise économique. La seule différence, par rapport à une catastrophe naturelle, c’est que la banqueroute choisit qui elle épargne. Le marché international des transferts, dont les portes se sont refermées vendredi à minuit, a quant à lui été frappé de plein fouet. La dèche. A part l’Ecossais d’Old Trafford, sir Alex, qui a forcé sa nature en mettant 24 millions de pounds sur un buteur néerlandais, il n’y a guère eu que les Qataris du PSG et les Emiratis de Manchester City pour faire bouillir la marmite.

Prenons la mesure du fléau: même l’AC Milan, joujou historique de Silvio Berlusconi, se voit contraint de faire ses emplettes à Caen ou Nancy; on y trouve encore un attaquant franco-sénégalais ou un milieu malien à des tarifs abordables. Partout, les dirigeants de clubs, soucieux d’alléger leur masse salariale, se serrent la ceinture par peur que la réalité des chiffres ne vienne leur remonter les bretelles.

Foutue crise. De surcroît, comme le renard l’enseigne au corbeau sur son arbre perché, le marché est volatil. On y voit des paons faire la roue, des pigeons car il en faut, des vautours qui planent, prêts à dénicher puis plumer les dindons de la farce. Leçon N°1: à la grande criée, il faut savoir rester discret. D’ailleurs, après une semaine de tapage diurne, Alessandro Del Piero n’ira pas au FC Sion.

Du coup, le transfert de l’été restera sans conteste celui d’Ottmar Hitzfeld, intervenu quelques heures avant la clôture du marché, et qui fait couler beaucoup d’encre. Le sélectionneur de l’équipe de Suisse, qui enfile les contrats de sponsoring comme des perles, a signé chez l’éditeur Ringier. Son mandat? «Représentation», «communication» et six chroniques annuelles dans Blick, qui ne porteront pas sur le foot helvétique. Donc tout va bien? Non, conflit d’intérêts évident. M’enfin, que voulez-vous mon bon monsieur, c’est la crise pour tout le monde.