Football

Cristiano Ronaldo, l’ultime obstacle

L’équipe de Suisse affronte le Portugal ce mardi à Lisbonne avec, en jeu, une qualification directe pour le Mondial 2018. Pour s’en sortir, elle devra dompter le meilleur joueur du monde, tout en évitant de trop se focaliser sur lui

Neuf victoires en autant de rencontres: jamais l’équipe de Suisse de football n’avait mené campagne qualificative aussi parfaite en vue d’un grand tournoi. Et pourtant, sa place au Mondial 2018 n’est pas encore assurée. Sur la route qui mène directement en Russie se dresse un ultime obstacle, et pas des moindres. Le Portugal, champion d’Europe en titre. Et surtout Cristiano Ronaldo, quadruple Ballon d'or.

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Terminer le travail

Il faut un point à la troupe de Vladimir Petkovic pour décrocher sa qualification ce mardi à Lisbonne (coup d’envoi à 20h45 heure suisse), sans quoi le panache affiché depuis un an paraîtra bien dérisoire. L’équipe de Suisse est un alpiniste à quelques dizaines de mètres du sommet de l’Everest. Un «gamer» face au boss de fin d’un jeu vidéo. Elle doit terminer le travail, mais c’est à cet instant que l’oxygène se fait rare et que la difficulté augmente. Que les jambes fléchissent et que les mains se font moites.

La Nati connaît les sensations d’un match décisif où l’aura d’une star dans le camp adverse éclipse tout le reste. En 2014, elle affrontait l’Argentine de Lionel Messi en huitième de finale de la Coupe du monde. Deux ans plus tard, la Pologne de Robert Lewandowski au même stade de l’Euro. Par deux fois, les Suisses ont (presque) réussi à reléguer les têtes d’affiche au rang de figurants. Par deux fois, ils se sont inclinés quand même. Dans l’arène portugaise, dompter le lion Ronaldo ne sera pas suffisant pour s’en sortir. Mais ce sera nécessaire.

Enrayer la machine

La Nati se sait à la hauteur de la tâche. Elle a déjà vaincu le Portugal, en septembre dernier à Bâle (2-0). Mais ce jour-là, Cristiano Ronaldo – convalescent de la blessure contractée en finale de l’Euro 2016 – n’était pas sur la pelouse. Passé cette défaite au Parc Saint-Jacques, l’attaquant du Real Madrid est revenu montrer la voie à ses coéquipiers. Ensemble, ils ont enchaîné huit victoires sans appel. Ils ont marqué trente buts. Le quadruple Ballon d'or en a inscrit la moitié lui-même et il a distribué trois passes décisives. Le sélectionneur portugais Fernando Santos reconnaît l’importance de son capitaine: «Le premier match contre la Suisse est tombé à un mauvais moment, juste après l’Euro. Cette fois-ci, Cristiano sera là.»

Obsédé par ses statistiques personnelles autant que par la victoire de son équipe, Ronaldo est le rouage essentiel de la mécanique portugaise. Le briser, c’est enrayer la machine. Mais comment faire? La question taraude depuis des années tous les défenseurs qui lui font face. Tous les entraîneurs qui l’affrontent. Tous les analystes qui le décryptent. «S’il y avait une recette miracle pour l’arrêter, il ne marquerait pas autant de buts», constate, lucide, le capitaine suisse Stephan Lichtsteiner, qui sera souvent au marquage de la star ce soir. Un casse-tête de 90 minutes.

Ce n’est pas individuellement qu’on triomphe d’un joueur comme Ronaldo. Il faut des solutions pour l’isoler, pour le priver de ballon, pour lui laisser le moins d’espace possible

Vincent Cavin, analyste vidéo de l'équipe de Suisse

La Nati n’a d’autres choix que d’essayer de le résoudre. Dans cette optique, l’analyste vidéo Vincent Cavin joue un rôle clé. C’est lui qui sélectionne les séquences que les internationaux helvétiques visionnent avant le match. «Tous les joueurs connaissent Cristiano Ronaldo, estime le Vaudois. Ils savent l’essentiel, soit son implication quasi systématique sur les buts marqués par son équipe. Pas besoin d’en rajouter. Nous nous concentrons sur quelques conseils pour le gêner, en mettant par exemple l’accent sur ses déplacements préférés. Beaucoup de choses ont été dites sur son jeu, mais j’estime qu’il y a encore des aspects à exploiter.» Lesquels? «Nous allons garder ça pour les joueurs…»

Une pression qui augmente

Depuis des jours, la pression monte. Le nom de Cristiano Ronaldo est sur toutes les lèvres. L’encadrement de l’équipe de Suisse riposte en évitant de focaliser son attention sur lui. «Lorsque nous affrontons Andorre ou la Lettonie, j’axe mes présentations vidéo sur les séquences offensives que nos adversaires ont bien menées, développe Vincent Cavin. C’est une manière de dire aux joueurs: attention, ils peuvent quand même être dangereux. Avec le Portugal, c’est l’inverse: je ne vais pas montrer cinquante buts de Ronaldo, cela risquerait de paralyser tout le monde.»

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A commencer par ceux qui seront le plus aux prises avec lui: les défenseurs. Les quatre hommes qui seront alignés au coup d’envoi ont l’avantage de tous avoir déjà affronté Cristiano Ronaldo, la plupart en Ligue des champions. «Nous savons à quoi nous attendre avec lui», promet le stoppeur Johan Djourou, qui a marqué trois fois l’ancien attaquant de Manchester United lorsqu’il jouait à Arsenal.

Nous devons nous préparer à affronter le Portugal en tant qu’équipe, avec toutes ses individualités

Patrick Foletti, entraîneur des gardiens de l'équipe de Suisse

Yann Sommer, par contre, ne s’est jamais retrouvé face à la star portugaise. L’entraîneur des gardiens Patrick Foletti soupire lorsqu’on lui demande comment il a préparé le dernier rempart au choc avec la star. «La question revient sans arrêt. Il faut sortir de cette optique. Nous devons nous préparer à affronter le Portugal en tant qu’équipe, avec toutes ses individualités.» Vincent Cavin acquiesce: «Ce n’est pas individuellement qu’on triomphe d’un joueur comme Ronaldo. Il faut des solutions pour l’isoler, pour le priver de ballon, pour lui laisser le moins d’espace possible.»

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Sur le terrain, l’équipe de Suisse devra museler le meilleur joueur du monde. Sans perdre de vue les dix footballeurs à ses côtés. Sans se laisser intimider par les quelque 60 000 supporters qui les encourageront. Ce match promet 90 minutes d’enfer aux hommes de Vladimir Petkovic. Bien négocié, il restera comme le dernier obstacle qui les séparait du paradis.


Les barrages en cas de défaite

En cas de défaite de la Suisse à Lisbonne, le Portugal la doublera – au classement du groupe B des éliminatoires pour le Mondial 2018 – grâce à sa meilleure différence de buts. La Nati aurait encore une chance de qualification via les barrages, qui mettront aux prises les huit meilleurs des neuf deuxièmes de groupes en novembre. Les affiches seront déterminées lors d’un tirage au sort le 17 octobre. D’ores et déjà assurée d’être l’une des quatre têtes de série si ce scénario se réalisait, la Suisse jouerait le match aller le jeudi 9 novembre à l’extérieur puis recevrait son adversaire cinq jours plus tard, le mardi 14. (L. PT)

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