Sans surprise, le cénacle du Ballon d'or a primé celui qui, dans l'industrie florissante de l'engouement, sert au mieux ses intérêts: Cristiano Ronaldo, son dribble irrévérencieux, ses buts incessants, sa métrosexualité, son personnage extravagant. Pour l'avoir longuement étudié sur ordinateur, Michel Pont, entraîneur-assitant de l'équipe de Suisse, en décrit les mécanismes complexes.

• La vitesse

«Cristiano Ronaldo a une telle conduite de balle que l'objet ne semble jamais l'encombrer. Plutôt que le ralentir, il lui donne une impulsion. Zinédine Zidane était le même: il courait plus vite avec le ballon que sans. Lancé de cinquante mètres, il devenait insaisissable, il dégageait une vivacité déroutante.Chez Cristiano Ronaldo, le dribble est une marque de fabrique. Il tire son agilité d'une souplesse féline au niveau des hanches, des appuis et des pieds. Il fixe l'adversaire, voire l'hypnotise: impossible de savoir dans quelle direction il partira. Comme beaucoup d'entraîneurs, Alex Ferguson est tenté de positionner Ronaldo sur le flanc gauche, pour lui permettre de piquer au centre sur son «bon pied». Cette tendance est de plus en plus répandue: les gauchers évoluent à droite, et inversement. Des fusées comme Frank Ribery n'en sont que plus imprévisibles.Certes, Cristiano Ronaldo a tendance à en rajouter. Mais cette inclination pour le dribble, globalement pour les jeux d'adresse, est un phénomène culturel. C'est un simple débat de générations. Aujourd'hui, le football de rue devient très à la mode. Même s'il reste inopérant dans une organisation collective, il fascine et inspire.»

• L'instinct du buteur

«Cristiano Ronaldo marque beaucoup (ndlr: 34 buts en Angleterre et 8 en Ligue des champions la saison dernière). Il est si adroit que son esprit semble s'affranchir de la conduite de balle pour visualiser parfaitement la cible. Ronaldo est capable d'envoyer un tir cadré les yeux fermés, dans n'importe quelle position et de n'importe quel angle. Il mémorise la cible. Il est aimanté par le but.Certes, il adresse des passes décisives, mais l'altruisme n'est pas chez lui une vertu exemplaire… Comme tous les grands attaquants, Cristiano Ronaldo est un égoïste. Il veut tirer tous les coups francs, sans en laisser aucun à ses coéquipiers. Est-il un patron? Probablement pas, au sens où il ne possède pas une vision du jeu panoramique. Son approche est purement instinctive. Ronaldo est un joueur d'improvisation, de confrontation. Il a besoin de l'affrontement pour exister. Il s'épanouit dans le duel frontal, balle au pied, à un contre un. Zinédine Zidane, à l'inverse, était davantage un chef de gare, il savait où donner le ballon avant même de le recevoir. Cristiano Ronaldo sait juste qu'il va affronter. Pour lui, il faut é-li-mi-ner.»

• La force athlétique

«Physiquement, ce joueur est une bête. Il s'est conformé aux exigences actuelles en matière de replacement défensif, tout comme les attaquants géniaux que sont Lionel Messi ou Samuel Eto'o. Quand j'ai étudié l'équipe du Portugal, j'ai vu Cristiano Ronaldo piquer des sprints de soixante mètres, jusqu'à son propre poteau de corner, pour empêcher le latéral adverse de centrer.Aujourd'hui, tout va plus vite. L'intensité augmente parce que le footballeur, sous l'ère moderne, a acquis une stature d'athlète. C'est une progression évidente, la plus manifeste de cette dernière décennie: l'amélioration de la condition physique. Sans prétériter la qualité technique.Les entraîneurs en sont naturellement les principaux instigateurs. A l'époque, Paul Garbani criait: «Fais pas le con, arrête avec tes deux pas en arrière, garde tes forces pour marquer.» Aujourd'hui, José Mourinho envoie de jeunes prodiges dans les tribunes parce qu'ils ne courent pas assez. Même Cristiano Ronaldo n'est pas exonéré du repli défensif.»