Athlétisme

Le cross-country, l’école buissonnière de la course à pied

Le CA Riviera organise dimanche les Championnats suisses de cross. Si la discipline est un peu tombée en désuétude, elle demeure très formatrice

On annonce de la pluie et un petit 10°C dimanche au-dessus de Montreux. Un vrai temps de cross-country pour les Championnats suisses organisés aux alentours du stade de la Saussaz, adossés à la 63e édition du Cross de la Riviera. Entre élite et amateurs, près de 900 coureurs amateurs de chaussures à pointes et de mollets crottés.

La course à pied se pratique sur quatre surfaces distinctes: sur piste, sur route, en salle et à travers la campagne (en anglais: cross country). C’est un peu comme le tennis, et d’ailleurs le cross est un peu la terre battue de l’athlétisme: son terrain le plus naturel, le moins traumatisant, le plus éducatif, le plus complet. Les multiples changements de terrain, de déclivité, de conditions climatiques obligent à une adaptation constante. Il faut avoir la cheville souple, l’appui agile, le mollet nerveux, la cuisse puissante et l’œil vif pour se sortir de tous les pièges, flaque, racine, trou, plaque de neige ou de boue.

C’est l’école de la course par excellence. On y apprend à être endurant, résistant, à changer de rythme et de foulée, à se reposer sans s’arrêter et, foncièrement, à se faire mal. A cela s’ajoutent l’excitation de la course en peloton, le cliquetis des pointes sur les sols durs, les odeurs de camphre et de vin chaud. C’est «une course aventureuse», selon le mot d’Olivier Nahon, président du comité d’organisation de ces championnats.

Plus olympique depuis 1928

En Suisse, le cross-country n’a plus vraiment la cote, alors qu’il cumule tout ce que les amateurs de sport recherchent actuellement: la liberté, l’économie de moyens, le contact direct avec la nature, et une exigence qui ne le met pas à la portée du premier venu. La fédération lui accorde toujours une grande importance. «Nous voulons que nos athlètes y acquièrent la dureté nécessaire pour réussir en été sur la piste, estime Christoph Seiler, président de Swiss Athletics, dans le programme officiel. En cross, il faut serrer les dents dès les premiers mètres, ignorer les jambes fatiguées et ne pas se laisser déconcerter, même quand les conditions sont mauvaises.»

Le cross-country serait sans doute plus populaire s’il était toujours rattaché aux grandes compétitions athlétiques. Mais il n’est pas une fin en soi, juste un exercice préparatoire et hivernal, et vit sa vie en parallèle. Il n’a été sport olympique qu’entre 1912 et 1924, le temps tout de même de sacrer deux fois le grand Paavo Nurmi. Depuis 1928, le cross n’est plus disputé que par les concurrents du pentathlon moderne, ce qui dit à la fois son confinement et son élitisme puisqu’il est jugé constitutif, avec la natation, l’équitation et le maniement des armes, d’une solide éducation.

«Une super école», selon Wanders

Le meilleur coureur suisse actuel, Julien Wanders, ne sera pas présent à Montreux. Reparti à Iten, au Kenya, où il prépare la saison sur piste, le Genevois regrette «de ne pas pouvoir tout faire. En ce moment, je me fais plaisir sur la route, mais je pense que le cross est une super école. On peut s’attendre à tout et il faut se préparer à tout. Moi, ça m’a bien formé. On se prend aussi moins la tête avec les chronos. De toute façon, je pense que les jeunes devraient faire du cross l’hiver, et ne pas faire de salle avant 18 ou 20 ans.»

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Double national et double licencié en France et en Suisse («Mais je me sens uniquement Suisse quand je cours»), Julien Wanders a surtout pratiqué le cross en France. «Il y a malheureusement peu de densité en Suisse, nous expliquait-il à l’avant-veille de son record du monde du 5 km à Monaco. On part à trente, ça s’effiloche assez vite, il y a peu de monde le long du parcours; j’avoue que je m’en suis lassé rapidement. Mais en France, où le cross a une autre tradition, c’est autre chose. On est 300-400 au départ, il y a des qualifications, du public, du stress. Je me rappelle que j’avais parfois peur au départ. C’était très grisant.»

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