Curling

Curling: le Canada en or, la Suisse en argent et tant pis pour les autres

Le double mixte a fait son apparition aux Jeux olympiques notamment pour permettre à davantage de nations d’être impliquées dans la course au titre. Mais les nations phares ont tout raflé

Avec un peu de recul, Jenny Perret et Martin Rios se consoleront en se disant qu’ils auront été les premiers à rapporter une médaille au butin de la délégation suisse à Pyeongchang. Mais mardi soir, c’est la déception qui dominait dans leurs esprits. Ils ont manqué l’opportunité de devenir les premiers champions olympiques de l’histoire en double mixte.

En finale, mardi à Gangneung, ils ont été dominés par le Canada de Kaitlyn Lawes et John Morris (10-3, abandon après six ends sur huit). Cela n’a rien de honteux: en curling traditionnel, Madame fut médaillée d’or à Sotchi en 2014, Monsieur à Vancouver en 2010, ils formaient de loin la paire la plus prestigieuse du tournoi. Leur triomphe n’est donc pas une surprise. Pas davantage que la deuxième place de la Suisse. Mais ce podium, complété par les «athlètes olympiques de Russie», n’est pas vraiment conforme au projet de départ.

Développement mieux réparti

Si le double mixte a fait son apparition au programme olympique, c’était initialement dans le dessein d’élargir l’horizon du curling. Cette variante a été inventée très récemment, au début des années 2000, en partant d’une idée simple: il sera plus facile de former une équipe de deux joueurs que de quatre, surtout dans des régions du monde où ce sport est confidentiel.

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Car la discipline originelle pose le problème de ne concerner que très peu de nations. Le Canada la domine outrageusement tant quantitativement (il compte 80% des joueurs mondiaux) que qualitativement (ses représentants terminent sur le podium de presque toutes les compétitions internationales). Derrière, une poignée d’autres pays, toujours les mêmes, font jouer la concurrence. Mais le plateau reste figé. Et le double mixte devait permettre un développement mieux réparti dans le monde.

De fait, cela a plutôt fonctionné au départ. Lancés en 2008, les championnats du monde de la spécialité ont permis à sept nations jamais médaillées en curling traditionnel depuis le tournant des années 2000 de monter sur le podium (Finlande, Espagne, République tchèque, Nouvelle-Zélande, France, Autriche, Hongrie). Le Canada ne s’y est jamais imposé à ce jour. Pour une raison simple: il ne s’y était guère intéressé jusque-là.

Les meilleurs joueurs présents

La perspective d’une médaille d’or olympique a changé la donne. La Suisse avait certes, comme à son habitude, anticipé l’opportunité de frapper fort d’entrée dans une nouvelle spécialité. «Depuis que nous avons appris que cette discipline serait olympique, il y a trois ans, nous nous investissons sérieusement dans le curling mixte», expliquait l’entraîneur Sebastian Stock à l’ATS cette semaine. Mais cette longueur d’avance n’a pas suffi. En janvier, Kaitlyn Lawes et John Morris s’entraînaient «trente minutes ensemble» (selon leur bio officielle sur le site web des JO), remportaient les sélections canadiennes et, neuf matches en Corée du Sud plus tard, ils devenaient champions olympiques. Parce qu’ils étaient les meilleurs joueurs présents.

Pour le grand coup de sac, on repassera. Mais cela n’enlève rien au vent de fraîcheur que le double mixte fait souffler sur le curling. John Morris en a fait un éloge convaincant mardi après la victoire canadienne. «Dans cette variante, les stratégies sont principalement offensives, contrairement à ce que l’on observe dans le jeu à quatre. Il y a moins de pierre, cela va plus vite, c’est plus facile à comprendre. Je pense vraiment qu’il s’agit d’une porte d’entrée idéale vers notre sport.» A Gangneung, l’ambiance a souvent été chaude dans le centre de curling. Et la durée restreinte des matches (autour d’une heure et demie) arrange les télévisions…

Le double mixte est-il donc l’avenir du curling? «Il va sans doute se développer et c’est une bonne chose, estime Jenny Perret. Mais les compétitions reines resteront toujours celles des hommes et des dames.» Dès demain, la médaillée d’argent fonctionnera comme remplaçante au sein de l’équipe de Silvana Tirinzoni, dans le tournoi féminin.

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