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Comment le cyclisme est devenu la petite reine d’Angleterre

Troisième Tour de France en quatre ans pour le cyclisme anglais, qui n’en avait gagné aucun pendant 99 ans

Comment le cyclisme est devenu la petite reine d’Angleterre

Sport Troisième Tour de France en quatre ans pour le cyclisme anglais, qui n’en avait gagné aucun pendant 99 ans

Roule Britannia. Christopher Froome, le vainqueur du Tour de France, est Anglais. Il l’avait déjà emporté en 2013. A Fougères, en Bretagne, Mark Cavendish a signé sa 26e victoire d’étape sur le Tour depuis 2008. Originaire de l’île de Man, Cavendish est le coureur en activité le plus titré sur la Grande Boucle et n’est devancé dans les livres que par Merckx et Hinault.

En 2012, c’est Bradley Wiggins, Anglais, qui avait ramené le «yellow jersey» à Paris. Un mois plus tard, il gagnait la médaille d’or du contre-la-montre des Jeux olympiques de Londres. Chris Froome prenait la troisième place et la Grande-Bretagne raflait douze médailles, dont huit titres olympiques. Une véritable razzia.

Wiggins vient du cyclisme sur piste, où il a gagné depuis 2004 trois titres olympiques et six titres mondiaux. Sur la même période, Victoria Pendleton compte neuf titres de championne du monde et quatre médailles olympiques, et Chris Hoy onze titres mondiaux et sept médailles olympiques.

En juin 2015, Bradley Wiggins est remonté sur la piste olympique de Lee Valley pour s’emparer du prestigieux record de l’heure (54,526 km) en améliorant de 1,5 km la marque établie un mois plus tôt par son compatriote Alex Dowsett. Que dire d’autre? Peut-être que l’Union Jack flotte sur le siège de l’Union cycliste internationale (UCI) à Aigle depuis deux ans. En septembre 2013, Brian Cookson y a été élu à la présidence après avoir dirigé durant quinze ans la fédération anglaise de cyclisme, British Cycling.

Tout pour quelques-uns

Dans tous les sports, il arrive qu’un pays domine les autres. Dans le cas du cyclisme, l’Angleterre partait de très loin par rapport aux nations historiques que sont la Belgique, la France, l’Espagne et l’Italie. Avant de délocaliser deux départs du Tour de France (2007 et 2014) et d’en gagner trois sur quatre, l’Angleterre considérait le vélo de son splendide isolement. Il y avait bien eu dans les années 80 Stephen Roche (vainqueur du Tour en 1987) et Seán Kelly (multiple maillot vert du classement par points), mais ils étaient Irlandais. En Angleterre, encore tout récemment, le cycliste le plus populaire du pays était Boris Johnson, le maire de Londres aux faux airs d’Emmett Brown.

On comptait çà et là quelques jours en jaune: 6 jours pour Chris Boardman, 3 pour David Millar, 1 pour Sean Yates et bien sûr 1 jour, fatal, pour Tom Simpson dans le Ventoux en 1967. Le cyclisme anglais se portait à peu près aussi bien que les mines du Yorkshire. Il n’y a plus de «6 jours de Londres» depuis 1980, de Championnat du monde sur route depuis 1982, de course inscrite au calendrier World Tour depuis 1998. En 1996, le vélodrome de Manchester, le seul du pays, évite la fermeture de justesse. En 2004 et 2005, aucun coureur anglais n’est inscrit au Tour de France et le pays ne compte que 15 000 licenciés.

Le point de rupture date des années 1990, lorsqu’il est alloué au sport une bonne part des bénéfices du loto. British Cycling décide de tout miser sur l’élite et les médailles. Ce sera la piste, avec des moyens considérables et une obsession: «agréger les gains marginaux». Traquer, où qu’il se trouve, le centième de seconde. Dans le textile, dans l’aérodynamisme, dans la qualité du vernis de la piste. Les résultats sont fulgurants.

En 2003, le Gallois Dave Brailsford devient directeur de la performance de British Cycling. Il affine la méthode, crée une académie du cyclisme pour élargir la base et décide en 2007 de passer au stade supérieur: les courses sur route et le Tour de France. En 2009, l’équipe Sky est lancée avec les millions de Rupert Murdoch et la bénédiction de Brian Cookson, le président de British Cycling. Objectif: gagner le Tour d’ici à 2015.

A l’échéance, l’objectif a déjà été atteint trois fois. Le doute plane sur la régularité de ces performances, mais il est indéniable que l’équipe Sky bouleverse les codes du peloton. Son approche ultra-froide, ciblée et planifiée de la course dérange. Ses moyens financiers quasi illimités sont jalousés. Et ses coureurs, désormais, font référence.

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